Neuf repères doux pour les journées où les appuis habituels ont disparu
Il y a une forme de solitude que l’été fabrique presque sans le vouloir. Pas une solitude choisie, paisible, celle qu’on va chercher dans un livre ou une promenade. Une solitude qui arrive par accumulation : le thérapeute en vacances, les collègues absents, le café du coin fermé pour congés, les amis partis ailleurs. Les réseaux sociaux qui montrent que tout le monde semble avoir un endroit où aller.
Et soudain, les journées paraissent très longues.
Cet article ne va pas vous promettre que la solitude d’août est une « chance de vous retrouver ». Ce serait faux pour beaucoup d’entre vous, et vous méritez mieux qu’une banalité. Ce qu’il propose, c’est plus simple et plus honnête : neuf repères concrets pour traverser ce moment sans vous abandonner.
Pourquoi la fin de l'été peut créer ce sentiment de vide
Il faut d’abord distinguer deux réalités qui se ressemblent mais ne sont pas identiques.
L’isolement social est objectif : un manque de contacts, un réseau peu dense, une situation de vie qui réduit les occasions de rencontres.
La solitude, elle, est subjective : elle surgit lorsque les liens que l’on a ne correspondent pas aux liens dont on aurait besoin. On peut parler à des gens tous les jours et se sentir profondément seul(e). On peut passer une journée entière sans voir personne et ne pas en souffrir. La solitude mesure un écart, pas un nombre.
Selon les données de la Fondation de France, près d’un quart des Français déclarent se sentir seuls, avec une vulnérabilité plus marquée chez les personnes en situation de précarité, de chômage ou traversant une période de fragilité relationnelle. Des événements comme un deuil, une séparation, un traumatisme, une maladie, une perte d’emploi ou des violences peuvent favoriser le repli sur soi. Notamment lorsque la personne craint de déranger, de lasser ses proches, ou de ne pas être comprise.
Août ne crée pas mécaniquement cette solitude. Mais il retire des appuis ordinaires auxquels on ne pensait pas beaucoup, précisément parce qu’ils étaient là. Le boulanger avec qui on échangeait quelques mots. Le voisin visible depuis le couloir. Les activités associatives. Le thérapeute. J’aborde en détail cette dimension dans l’article Mon psy part en vacances : comment traverser la coupure thérapeutique sans paniquer.
Un mois d’été particulièrement marquant
Il y a aussi quelque chose de particulier dans la fin du mois d’août. Les vacances se terminent, mais la rentrée n’a pas encore commencé. Cette transition peut réveiller ce qui avait été mis entre parenthèses : un travail épuisant, une relation difficile, une démarche en suspens, une date anniversaire. L’OMS cite précisément ce type de changements de vie parmi les facteurs les plus fréquemment associés à l’intensification du sentiment de solitude.
La chaleur peut s’y ajouter. Les températures élevées ne provoquent pas à elles seules une dépression, mais elles peuvent augmenter la fatigue, perturber le sommeil et accentuer la vulnérabilité psychique. J’explore cette combinaison dans l’article Canicule et système nerveux : le kit anti-chaleur émotionnelle pour les jours où tout déborde.
Neuf repères pour traverser la solitude d'août
Ces repères ne sont pas une liste de choses à réussir. Vous pouvez en choisir un seul, dans n’importe quel ordre, et l’adapter à ce que vous êtes capable de faire aujourd’hui.
Préparer un minimum de présence autour de soi
N’attendez pas le soir où le vide deviendra insupportable pour chercher quelqu’un à appeler. Notez dès maintenant deux ou trois personnes ou structures accessibles : une amie, un membre de la famille, une association, une ligne d’écoute, votre médecin. Programmez deux contacts très simples dans la semaine. Pas une grande sortie, juste un moment prévu. Les relations légères comptent aussi : dire bonjour au même boulanger, travailler une heure dans une bibliothèque, échanger quelques mots avec une voisine. Des recherches montrent que ces interactions avec des connaissances périphériques sont associées à davantage de bien-être et de connexion sociale.
Phrase possible : « Je traverse une période un peu vide. Est-ce que cela te conviendrait qu’on s’appelle dix minutes mercredi ? »
Redonner une ossature douce à la journée.
Une journée entièrement vide peut laisser beaucoup de place aux ruminations. Il ne s’agit pas de remplir chaque minute, mais d’installer trois points fixes : un repère le matin, un en milieu de journée, un le soir. Par exemple : ouvrir les volets et boire quelque chose au réveil ; sortir acheter du pain à midi ; prendre une douche ou écouter une musique apaisante avant le coucher. La régularité du sommeil, des repas et des activités fait partie des mesures recommandées quand l’anxiété ou les symptômes dépressifs fragilisent le quotidien.
Phrase à se répéter : « Je ne cherche pas à réussir ma journée. Je lui donne seulement quelques repères. »
Revenir au présent par l'extérieur
Quand la solitude déclenche une montée d’angoisse, un souvenir ou une sensation de déréalisation, les exercices d’ancrage peuvent aider à reporter l’attention vers l’environnement actuel. Regardez autour de vous et nommez cinq objets. Écoutez trois sons. Touchez le tissu d’un vêtement. Lisez à voix haute la date et l’endroit où vous êtes. Si vous avez vécu un traumatisme, privilégiez d’abord les sensations extérieures. Certaines personnes supportent mal qu’on leur demande de fermer les yeux ou de se concentrer intensément sur leur respiration : et c’est OK !
Phrase possible : « Je suis chez moi, le 25 août. Je vois la fenêtre, la table et la lampe. Ce que je ressens est fort, mais je suis dans le présent. »
Transformer les réseaux sociaux en pont plutôt qu'en vitrine
En août, les réseaux peuvent donner l’impression que tout le monde vit une vie lumineuse et entourée. Une utilisation passive et excessive est souvent associée à davantage de comparaison, de solitude et d’anxiété. Mais les usages intentionnels peuvent aussi soutenir le lien social. La solution n’est pas forcément de tout supprimer. Masquez temporairement les comptes qui vous font mal. Fixez un moment précis pour consulter votre fil. Et remplacez dix minutes de défilement par un message adressé à une personne réelle.
Phrase possible : « Je viens de penser à toi. Je n’ai pas besoin d’une longue conversation, mais j’aimerais avoir de tes nouvelles. »
Demander une aide précise
« Appelle-moi si tu as besoin » est une proposition bienveillante, mais elle demande beaucoup d’énergie à la personne qui souffre. Il peut être plus facile de formuler une demande concrète : partager un repas, marcher vingt minutes, être accompagné(e) à un rendez-vous, ou recevoir un message le lendemain matin. Le soutien social est reconnu comme un facteur important de protection psychique. Et sa qualité compte davantage que le nombre brut de contacts.
Phrase possible : « Je ne te demande pas de résoudre ce que je ressens. Est-ce que tu peux simplement rester avec moi au téléphone pendant que je prépare à manger ? »
Créer quelque chose sans chercher à faire beau
Dessiner, cuisiner, écrire trois lignes, photographier une ombre sur un mur, tricoter, modeler… Ces gestes permettent de produire une trace concrète dans une journée qui semblait vide. Certaines pratiques créatives peuvent réduire des symptômes anxieux ou dépressifs et favoriser l’engagement social. Donnez-vous une limite très basse : quinze minutes, une page, une recette, une photo. Vous avez le droit de ne rien montrer.
Phrase à se répéter : « Je ne crée pas pour être douée. Je crée pour laisser quelque chose circuler. »
Choisir un micro-projet réalisable
Quand l’élan manque, les grands objectifs deviennent rapidement culpabilisants. Préférez un projet qui peut être commencé en moins de cinq minutes : arroser une plante, trier dix photos, marcher jusqu’au coin de la rue, ranger une seule étagère. Cette logique se rapproche de l’activation comportementale. Une approche reconnue dans la prise en charge de la dépression, qui consiste à réintroduire progressivement des activités accessibles, sans attendre que la motivation soit revenue.
Exemple : « Si je me sens figée après le déjeuner, alors je mets mes chaussures et je reste cinq minutes dehors. »
Créer un rituel de fin d'été
La fin du mois peut donner la sensation qu’un temps s’efface sans qu’on l’ait vraiment vécu. Un rituel permet de marquer le passage sans prétendre que tout va bien. Écrire ce que vous souhaitez laisser en août et ce que vous aimeriez protéger en septembre. Préparer un repas de saison. Ranger quelques objets d’été. Imprimer une photographie. Allumer une bougie pour une personne absente. Choisir un mot pour la rentrée.
Phrase possible : « Cet été n’a pas été celui que j’espérais. Je peux tout de même reconnaître ce que j’ai traversé. »
Écrire un plan de sécurité émotionnelle
Un plan de sécurité ne concerne pas uniquement les périodes de crises. Dans une version quotidienne, il peut contenir vos signes d’alerte, les gestes qui vous apaisent, les lieux où vous vous sentez moins seul(e), les personnes à contacter et les numéros utiles. Écrivez-le lorsque vous allez relativement mieux, car il est difficile de chercher des solutions au milieu d’une crise. Le Kit d’urgence émotionnelle a été conçu précisément pour préparer ce plan en amont : un guide clair, des exercices courts, des audios guidés et un plan SOS à compléter à l’avance pour ne pas avoir à chercher quand ça ne va pas.
Phrase possible : « Mon état est en train de se dégrader. Je n’ai pas besoin de tout expliquer, mais j’ai besoin que tu restes en contact avec moi maintenant. »
Pour les jours où l’émotion dépasse vos capacités de réflexion, le Kit d’urgence émotionnelle est précisément conçu pour cela. À l’intérieur, vous trouverez :
📒 Un guide clair, doux et concret, à garder près de vous pour retrouver des repères simples quand tout devient confus.
✒️ Des exercices courts, pensés pour les moments où ça déborde vraiment, quand vous n’avez ni l’énergie ni la disponibilité intérieure pour entrer dans quelque chose de compliqué.
🎧 Des audios guidés, pour vous laisser porter par une voix et revenir progressivement vers votre corps, votre souffle, votre environnement.
🧭 Une boussole émotionnelle, pour savoir quel outil utiliser selon l’intensité du moment : quand ça monte, quand ça déborde, quand vous vous sentez déconnecté(e), ou quand vous avez besoin de sécurité.
📩 Des messages prêts à envoyer, pour demander de l’aide même lorsque les mots ne viennent plus.
🆘 Un plan SOS à compléter à l’avance, afin de ne pas avoir à chercher quoi faire au moment où tout devient trop intense.
Tout le contenu est téléchargeable. Vous pouvez donc le garder sur votre téléphone, votre ordinateur, ou l’imprimer si vous préférez avoir une version papier à portée de main.
L’idée est simple : ne pas avoir à chercher une solution au moment où vous êtes déjà submergé(e).
Avoir, quelque part près de vous, une ressource préparée à l’avance.
Un repère.
Une présence.
Un premier geste pour revenir vers vous.
Voici quelques questions que me posent souvent les personnes que j’accompagne lorsqu’on aborde le sujet de la solitude. Si vous aussi vous avez des interrogations, ou envie de partager votre expérience, n’hésitez pas à le faire en commentaire de cet article ou sur notre groupe Facebook.
Pourquoi est-ce que je me sens seul(e) alors que je parle à des gens ?
Parce que la solitude dépend moins du nombre d’interactions que du décalage entre les relations présentes et celles dont vous auriez besoin. Des échanges nombreux mais peu sécurisants, superficiels ou invalidants peuvent laisser un sentiment de profonde déconnexion.
La solitude d'août est-elle une dépression saisonnière ?
Pas nécessairement. Les études observent plutôt une augmentation moyenne des symptômes dépressifs en hiver, même s’il existe des formes estivales plus rares et de grandes différences individuelles. Une souffrance persistante mérite d’être évaluée selon ses symptômes et son retentissement, pas uniquement selon la saison.
Dois-je me forcer à sortir pour aller mieux ?
Non. Vous pouvez viser une sortie très courte, un lieu calme ou un contact peu exigeant. L’idée de l’activation comportementale est de commencer petit et progressivement, pas de se jeter dans une situation qui submerge.
Est-ce que je dérange en demandant de l'aide pendant les vacances ?
Demander une présence n’est pas imposer à l’autre de vous guérir. Une demande courte, précise et respectueuse laisse à la personne la possibilité de répondre honnêtement. Si votre entourage n’est pas disponible, un médecin, une association ou une ligne d’écoute peut prendre le relais.
Vous pouvez également me contacter ou prendre rendez-vous via le formulaire de contact de Chemins de Vies.
Quand la solitude mérite une consultation
Une baisse de moral passagère n’est pas forcément une dépression. Mais certains signes méritent qu’on les prenne au sérieux et qu’on en parle à un professionnel.
Consultez lorsque le mal-être dure, s’intensifie ou retentit nettement sur votre vie quotidienne. Une dépression peut être évoquée lorsque plusieurs symptômes sont présents presque tous les jours pendant au moins deux semaines : tristesse persistante, perte d’intérêt, fatigue inhabituelle, troubles du sommeil ou de l’appétit, difficultés de concentration, culpabilité, sentiment de vide ou de dévalorisation. Ce sont des signaux réels, pas des fragilités à ignorer.
Une anxiété mérite également un avis professionnel lorsqu’elle devient durable, envahissante ou qu’elle provoque des crises, des insomnies ou des évitements importants.
En France, le dispositif Mon Soutien Psy permet d’accéder à des séances de psychologie remboursées sur prescription médicale, y compris pendant la période de vacances.
Et si vous traversez une période de détresse intense, ou si des pensées suicidaires apparaissent :
🟢 3114 — numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24 et 7j/7, avec des professionnels formés
🔴 15 SAMU · 112 urgence européenne
🔵 116 006 — France Victimes, aide aux victimes, gratuit, 7j/7
Un mot pour finir un peu moins seul(e)
Votre été n’a pas besoin d’avoir été heureux pour avoir été digne d’être traversé.
La solitude d’août n’est pas un signe que quelque chose ne va pas chez vous. C’est souvent le signe que des appuis ordinaires ont disparu temporairement, et que vous aviez, sans le savoir, besoin d’eux.
Redonner un peu de présence, de structure et de sécurité à vos journées n’est pas une ambition grandiose. C’est simplement ce que vous méritez, même en été, même quand tout semble vide autour de soi.
Prenez soin de vous avec douceur et bienveillance, 🌸🕯️
Solweig 🌿✨