Un guide concret et doux pour les semaines où le cabinet est fermé et où quelque chose en nous se serre
Il y a des nouvelles qui semblent anodines et qui ne le sont pas vraiment. Mon thérapeute part en vacances trois semaines. Pour beaucoup de personnes, c’est une information pratique, une note dans l’agenda. Pour d’autres, et notamment celles qui portent un traumatisme, celles dont le lien thérapeutique est un appui fondamental, cette phrase peut déclencher quelque chose de bien plus grand. Ce peut être une anxiété diffuse, une hypervigilance qui monte, la peur sourde que ça revienne sans personne pour contenir.
Cet article est pour celles et ceux pour qui la pause du psy n’est pas rien.
Non pas pour alarmer. Mais pour nommer ce qui se passe et pour vous aider à traverser ces semaines avec des appuis concrets, préparés à l’avance, adaptés à votre situation.
Pourquoi cette coupure peut faire si mal
La coupure thérapeutique n’est pas seulement une question d’agenda. Pour une personne vivant avec un psychotraumatisme, elle peut réveiller quelque chose de plus ancien. Par exemples : la peur d’être laissée seule avec ce qui déborde, l’impression de perdre son point d’appui, la sensation que la continuité intérieure (si chèrement construite) va se défaire.
Les traumas complexes altèrent souvent la régulation émotionnelle, les relations et le sentiment de continuité intérieure. Cela signifie concrètement que même une séparation temporaire et prévisible peut prendre la forme, psychiquement, d’une secousse relationnelle plus forte qu’elle n’y paraît. Ce n’est pas de l’exagération. C’est le fonctionnement d’un système nerveux qui a appris que les liens peuvent disparaître, et qui anticipe.
Pendant la pause, les symptômes peuvent aussi devenir plus présents : anxiété, cauchemars, insomnie, hypervigilance, irritabilité, flashbacks, ou au contraire cette impression d’être loin, flou, absent(e) de soi-même. Ces manifestations sont reconnues et décrites par les instances cliniques. Mais, elles ne signifient pas que vous régressez. Elles signifient que votre système a besoin de plus de soutien au moment précis où l’un de ses appuis habituels est temporairement absent.
La bonne nouvelle, et elle est réelle : on peut préparer cette coupure au lieu de la subir.
Avant la pause : une séance à ne pas rater
Si vous savez que votre thérapeute part bientôt, essayez de consacrer une séance entière à la séparation elle-même. Pas seulement aux dates et aux formalités pratiques, mais à ce que cette pause remue en vous.
Dites-le simplement, même si c’est difficile à formuler : La pause m’inquiète. J’ai peur de décompenser. J’ai besoin qu’on prépare cela clairement. Les recommandations cliniques internationales (NICE) insistent sur le fait que les décisions de soin doivent tenir compte de l’histoire traumatique. Mais également des traumatismes multiples, et des difficultés d’engagement liées à la honte, à la peur ou à la méfiance. Votre thérapeute doit savoir comment vous vivez cette interruption.
Essayez de repartir de cette séance avec cinq repères très clairs :
- Les dates exactes d’absence et de reprise.
- Ce qui est normal de ressentir pendant la pause.
- Ce qui doit vous alerter et constitue un signe que vous avez besoin d’aide.
- Qui contacter si l’intensité monte.
- Et comment reprendre au retour : un rendez-vous déjà fixé si possible.
Si un risque plus important existe, les recommandations cliniques préconisent qu’un plan de gestion du risque et de sécurité soit posé dès la planification du traitement, pas au moment de la crise. Ce plan peut être très simple : les signes que vous allez moins bien, ce qui vous aide d’habitude, les personnes ressources, les lieux où vous vous sentez un peu plus en sécurité, les numéros utiles, et la marche à suivre si vous sentez que vous perdez pied.
Une checklist douce à préparer avant le départ de mon psy
Voici une liste concrète à compléter pendant que le cabinet est encore ouvert :
- J’ai les dates exactes d’absence et de reprise.
- J’ai dit à mon thérapeute ce que la pause réveille chez moi.
- J’ai repéré mes signaux d’alerte.
- J’ai une liste courte de gestes qui m’apaisent vraiment.
- J’ai au moins une personne ressource prévenue.
- J’ai noté le 3114, le 15 et le 112.
- Je sais si une téléconsultation ou un relais est envisageable.
- J’ai préparé mes journées ou soirées les plus vulnérables.
- J’ai un carnet ou une note pour écrire ce qui se passe pendant la pause.
- Mon rendez-vous de reprise est fixé ou demandé.
Ce n’est pas une liste à cocher parfaitement. C’est une façon de transformer l’imprévu en quelque chose de préparé. Ce qui, pour un système nerveux habitué à anticiper le danger, fait souvent une vraie différence.
Pendant la pause thérapeutique : réduire les pics, pas se forcer à tenir
L’objectif pendant la coupure n’est pas de tenir héroïquement. C’est de réduire les pics : ces moments où l’émotion monte trop vite et où les ressources habituelles deviennent temporairement inaccessibles.
Quand la panique grimpe, le cerveau traumatisé a souvent besoin de gestes plus que d’explications. Sentir vos pieds au sol. Boire quelque chose de frais. Nommer cinq choses que vous voyez. Entourer vos épaules d’une couverture. Écouter une voix familière. Marcher quelques minutes. Envoyer un message bref à une personne ressource. Respirer lentement, avec une expiration un peu plus longue que l’inspiration.
Pensez aussi à alléger le reste. Une pause thérapeutique n’est pas le bon moment pour multiplier les expositions difficiles au prétexte d’avancer coûte que coûte. Il vaut mieux éviter les environnements et les déclencheurs qui aggravent les symptômes. Concrètement : moins de bruit si le bruit vous sature, moins de surcharge sociale, plus de routine, plus de sommeil protégé, plus de prévisibilité dans les journées.
Si vous savez que certaines soirées sont plus difficiles : anticipez-les. Préparez une petite trousse de soirée : une boisson, une lumière douce, un audio rassurant, un carnet, le numéro d’une personne sûre, et une consigne écrite comme je n’ai pas besoin de résoudre toute ma vie ce soir. Je dois seulement traverser l’heure qui vient.
Le Kit d'urgence émotionnelle : pour les moments où les ressources cognitives baissent
C’est précisément pour ces moments de la coupure thérapeutique que le Kit d’urgence émotionnelle peut devenir un vrai compagnon.
Quand le psy est absent, l’une des difficultés les plus fréquentes est de ne plus savoir par quel bout commencer quand l’angoisse monte. Le Kit a été conçu pour exactement cela : ne pas avoir à penser quand la pensée devient difficile. Il contient :
📒 Un guide clair et concret à garder près de soi,
✒️ Des exercices courts pour les moments où ça déborde,
🎧 Des audios guidés pour se laisser porter sans avoir à décider quoi faire,
🧭 Une boussole simple pour savoir quel outil utiliser selon l’intensité du moment (anxiété légère, montée de panique, dissociation…)
📩 Des messages prêts à envoyer quand les mots ne viennent plus,
🆘 Et un plan SOS à compléter à l’avance.
Ce dernier élément est particulièrement précieux pendant une coupure thérapeutique : avoir son plan SOS déjà complété, avec les contacts et les consignes, permet de ne pas avoir à construire son filet de sécurité au moment de tomber. Il est déjà là.
Témoignage : comment j'ai vécu l'absence de mon psy
Claire, 39 ans, avec un historique de trauma relationnel, redoutait chaque été la fermeture du cabinet de sa thérapeute. Les trois premiers jours de pause, elle dormait mal, vérifiait son téléphone sans cesse, commençait à se sentir absente d’elle-même.
Cette année, elle a préparé un plan avec sa thérapeute avant le départ : une séance dédiée à la coupure, deux messages-types à envoyer à une amie ressource, un audio d’ancrage, la liste de ses signaux d’alerte, le 3114 noté dans son téléphone, et un rendez-vous de reprise déjà calé.
Rien n’a été parfait. Mais au lieu de sombrer dans la solitude totale, elle a traversé ces semaines avec des appuis. Parfois, survivre à la coupure, c’est déjà beaucoup.
Les alternatives possibles pendant les vacances de mon psy
Si votre thérapeute est absent et que vous avez besoin d’un relais, vous n’êtes pas sans options. La téléconsultation avec un psychologue est possible quand elle a été prévue. Votre médecin traitant peut également être un premier interlocuteur utile pour orienter, évaluer, soutenir. Les CMP (Centres Médico-Psychologiques) sont pris en charge et peuvent parfois offrir un filet temporaire. Les Centres Régionaux du Psychotraumatisme (CRP) recensés sur le site du Cn2r proposent aussi des ressources adaptées.
✧ Et si l’accès à un soutien humain vous manque pendant l’été. Si vous cherchez quelqu’un à qui parler, quelqu’un qui connaît les blessures du passé et le langage de la reconstruction. Vous pouvez aussi me contacter directement.
Je suis psychopraticienne, et je reçois en téléconsultation individuelle. Vous pouvez m’envoyer un message ou prendre rendez-vous directement via la page contact du blog. Vous y trouverez aussi mon calendrier de rendez-vous.
✧
Après la pause thérapeutique : revenir sans se juger
Beaucoup de personnes arrivent à la reprise avec l’idée qu’elles devraient avoir quelque chose de propre, de cohérent, de presque déjà réglé à présenter. Ce n’est pas nécessaire.
Il suffit d’arriver avec ce qui s’est passé. Vous pouvez venir avec trois notes très sobres : ce qui a été le plus dur, ce qui a aidé et ce qui devrait être mieux anticipé la prochaine fois. La reprise n’est pas un examen. C’est une mise à jour du lien thérapeutique.
Les personnes avec un PTSD peuvent avoir besoin de souplesse et d’une attention particulière aux obstacles à l’engagement dans le soin. Manquer une séance, arriver avec beaucoup de choses accumulées, avoir du mal à reprendre le fil : tout cela fait partie de la réalité des suites traumatiques. Ce n’est pas un manquement.
Un mot pour finir
La coupure thérapeutique peut être douloureuse sans être pathologique. Souffrir d’une absence ne veut pas dire régresser. Cela peut simplement montrer qu’un lien de soin compte, et que votre système a encore besoin de continuité pour se sentir suffisamment en sécurité.
Prendre au sérieux ce moment de fragilité, c’est prendre au sérieux votre santé psychique. Et vous préparer, avec une checklist, un kit, un plan SOS, une personne ressource prévenue, c’est déjà une forme de soin que vous vous offrez à vous-même.
Vous n’avez pas à traverser ça seul(e). Et si vous avez besoin d’un appui pendant cet été, je suis là. Prenez rendez-vous ici, ou écrivez-moi simplement un message.
Avec douceur et bienveillance 💛 🌞
Solweig 💜✨