Regards croisés sur les blessures émotionnelles : Lise Bourbeau et l’IFS 

Regards croisés sur les blessures émotionnelles : Lise Bourbeau et l’IFS

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

La Canadienne Lise Bourbeau a rencontré un immense succès avec son ouvrage dont je vous parle dans mon article du même nom : Les 5 blessures qui empêchent d’être soimême. Elle y propose de comprendre la souffrance psychique à partir de cinq blessures fondamentales vécues dans l’enfance et des “masques” que nous adoptons pour ne plus ressentir leur douleur. Selon elle, ces blessures originelles façonnent notre personnalité et influencent nos relations, nos comportements et même notre corps. Pour se protéger, nous portons des masques (fuyant, dépendant, masochiste, contrôlant et rigide) qui finissent par étouffer notre authenticité. L’objectif du chemin de guérison est donc d’identifier sa ou ses blessures dominantes, de reconnaître le masque adopté et de s’en libérer pour oser être soi‑même.

Dans un précédent article, je vous parle également de Richard Schwartz, fondateur du modèle IFS (Système Familial Intérieur) qui offre une perspective complémentaire à celle de Lise Bourbeau. L’IFS considère l’esprit comme un système composé de différentes parts ou sous‑personnalités ayant des rôles distincts (managers, exiles, firefighters). Au cœur du système se trouve un “Self” intact, porteur de qualités comme la curiosité, le calme et la compassion. L’IFS repose sur trois postulats : toutes les parts ont une intention positive. La guérison consiste à écouter chacune de ces parts, à soulager leurs fardeaux et à restaurer la prééminence du Self.

Dans cet article, je vous partage ce que j’ai découvert des convergences et des divergences entre la typologie des blessures/masques de Lise Bourbeau et la cartographie des parts de l’IFS. Puis, je vous propose un parallèle entre les fonctions protectrices et les chemins de guérison proposés par ces deux approches.

Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même

La vision de Lise Bourbeau : blessures et masques

Selon Lise Bourbeau, la plupart de nos souffrances trouvent leur origine dans cinq blessures d’enfance : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. Ces blessures surgissent lorsque l’enfant vit des expériences où il ne se sent ni aimé ni reconnu. Elles deviennent des « blessures de l’âme » qui teintent la perception de soi et des autres à l’âge adulte.

Alors, pour ne plus souffrir, nous développons des masques, des stratégies d’évitement ou de compensation, censés protéger la blessure. Mais ils finissent par nous couper de notre authenticité. Lise Bourbeau propose une correspondance précise entre chaque blessure et un masque :

blessures d’enfance : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice

Ces masques sont des mécanismes de défense inconscients qui répondent à un besoin de protection mais qui, paradoxalement, renforcent la blessure en empêchant d’être authentique. Le chemin de guérison passe par la prise de conscience de ces schémas, l’accueil des émotions refoulées et l’amour de soi. Lise Bourbeau insiste sur la nécessité de reconnaître sa blessure dominante et de choisir consciemment d’ôter le masque. Dans son livre « La guérison des 5 blessures », ce cheminement est décrit comme un processus patient et bienveillant où l’on recontacte son être véritable.

La vision des blessures de l’âme selon l’IFS

L’IFS postule que l’esprit est pluriel : il est composé de nombreuses parts (sub‑personnalités) ayant chacune une fonction. Richard Schwartz observe que les clients parlent souvent d’une part d’eux qui veut agir d’une façon et d’une autre qui s’y oppose. Ces parts se regroupent en trois grandes catégories :

  • Managers : ce sont des parts proactives qui s’efforcent de maintenir la stabilité et de prévenir la douleur. Elles planifient, organisent et contrôlent pour éviter que les émotions douloureuses ne surgissent. Elles peuvent se manifester par du perfectionnisme, du surcontrôle ou de l’autocritique.
  • Firefighters (pompiers) : ces parts sont réactives. Elles interviennent en urgence quand une douleur refoulée menace de remonter. Pour éteindre « l’incendie émotionnel », elles cherchent des moyens rapides de distraction ou d’anesthésie (nourriture, surconsommation de médias, comportements addictifs). Leur but est de soulager immédiatement la souffrance, parfois de manière impulsive.
  • Exilés : ce sont les parts vulnérables qui contiennent nos souvenirs douloureux, nos traumas et nos croyances négatives. Les Managers et Firefighters travaillent à tenir ces Exilés à distance pour éviter d’être submergé. Lorsque les Exilés sont activés, ils peuvent envahir la conscience avec des émotions intenses (honte, peur, tristesse).

Au centre de ce système se trouve le Self, décrit comme notre essence profonde, calme et bienveillante. Le Self est porteur des qualités dites « 8 C » : curiosité, calme, clarté, compassion, confiance, créativité, courage et connexion. L’IFS considère qu’il n’y a pas de mauvaises parts : chaque part, même si elle adopte un rôle extrême ou destructeur, cherche à protéger la personne d’une douleur plus grande. La guérison consiste à différencier les parts du Self, à écouter leurs intentions protectrices, et à les aider à se décharger de leurs fardeaux (croyances et émotions associées au traumatisme) pour qu’elles puissent reprendre une fonction plus positive.

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Les signes de dépression que personne ne voit

Approches croisées : blessures/masques et parts de l’IFS

Lise Bourbeau et Richard Schwartz partagent l’idée que nos comportements défensifs naissent de blessures non résolues. Dans les deux modèles, ces stratégies protectrices sont bien intentionnées : elles cherchent à éviter la douleur et à assurer la survie psychique.

Dans l’IFS, ces parts protectrices (Managers et Pompiers) sont là pour empêcher les Exilés (les parts vulnérables qui portent la douleur initiale) d’être activés. Lise Bourbeau parle moins des parts vulnérables mais décrit comment chaque blessure (rejet, abandon…) est accompagnée d’un sentiment profond de honte, de peur ou de colère que l’on cherche à enfouir. Ces blessures sont comparables aux Exilés de l’IFS, qui contiennent les émotions et croyances douloureuses. Ainsi, dans les deux approches, il existe une dyade entre une blessure/Exilé et un masque/ManagerPompiers qui protège cette blessure.

Blessure de rejet, masque du fuyant et parts d’isolement

La blessure de rejet
  • Selon Lise Bourbeau, la blessure de rejet naît lorsque l’enfant se sent indésirable ou de trop. Le masque du fuyant l’amène à se faire discret, à éviter les confrontations et à fuir l’intimité par crainte d’être rejeté.
  • En IFS, un Manager peut adopter un rôle de retrait ou de perfectionniste pour éviter d’activer un Exilé qui porte la douleur du rejet. Cet Exilé croit qu’il n’a pas sa place ou qu’il n’a pas de valeur, et la part protectrice maintient l’isolement pour éviter cette souffrance. Les Pompiers peuvent entrer en scène si la peur du rejet se transforme en panique, par exemple en se dissociant ou en se repliant dans l’imaginaire.
  • Comparaison : Dans les deux modèles, l’évitement et le retrait sont des stratégies pour ne pas ressentir la douleur d’être rejeté. La différence majeure est qu’en IFS on distingue la part protectrice (fuyante) et l’Exilé blessé, alors que Lise Bourbeau les présente comme un tout. L’IFS insiste sur le fait que l’on peut dialoguer avec la part fuyante pour comprendre son intention. Et ensuite, accéder à l’Exilé afin de l’apaiser. Alors que la méthode de Bourbeau propose d’enlever le masque par l’affirmation de soi.

Blessure d’abandon, masque du dépendant et parts en quête de sécurité

La blessure d'abandon
  • Pour Lise Bourbeau, la blessure d’abandon naît d’un manque d’attention ou d’affection. Le masque du dépendant pousse à chercher constamment l’attention et la présence des autres pour combler la peur de la solitude.
  • L’IFS voit une part Manager qui peut développer une dépendance affective en hyper‑socialisant ou en se suradaptant pour éviter de réveiller un Exilé qui porte la peur d’être abandonné. Lorsque cet Exilé est activé, des Pompiers peuvent recourir à des comportements compulsifs (appels incessants, jalousie) pour apaiser l’angoisse de solitude.
  • Comparaison : Dans les deux approches, la dépendance affective est interprétée comme une stratégie pour éviter la douleur de l’abandon. Toutefois, l’IFS insiste sur la dissociation entre la part protectrice (qui cherche la présence de l’autre) et la part blessée (qui souffre de la solitude), alors que Lise Bourbeau parle d’un masque unique. Dans la pratique, l’IFS propose de rassurer le Manager dépendant, puis de se tourner vers l’Exilé pour lui offrir la présence bienveillante du Self. Cette relation interne permet de diminuer progressivement le besoin de combler le vide à l’extérieur.

Blessure d’humiliation, masque du masochiste et parts autocritiques

Blessure d’humiliation, masque du masochiste et parts autocritiques
  • D’après Lise Bourbeau, la blessure d’humiliation résulte d’un vécu de dénigrement et de honte. Le masque du masochiste amène à se dévaloriser ou à accepter des humiliations pour éviter d’être rabaissé par d’autres.
  • Pour l’IFS, les parts protectrices peuvent devenir très autocritiques afin de prévenir de nouvelles humiliations. Les Managers perfectionnistes ou hyper‑critiques se blâment en permanence pour ne pas laisser les autres le faire. Quand la honte est trop forte, des Pompiers peuvent chercher des comportements d’auto‑punition (restrictions alimentaires, hyperactivité) pour calmer la douleur. Tandis que la part Exilée porte la croyance d’être indigne ou sale.
  • Comparaison : Lise Bourbeau et l’IFS reconnaissent que la honte crée des stratégies d’autodévaluation pour éviter de subir l’humiliation par autrui. La nuance apportée par l’IFS est que ces comportements ne définissent pas la personne. Ils proviennent de parts protectrices qui agissent par peur, et leur guérison passe par la compassion du Self pour ces parts et pour l’Exilé qui porte la honte.

Blessure de trahison, masque du contrôlant et parts hyper‑vigilantes

La blessure de trahison
  • Lise Bourbeau voit survenir la blessure de trahison quand la confiance de l’enfant est brisée (promesses non tenues, séparations violentes). Le masque du contrôlant conduit alors à tout maîtriser pour ne plus être trahi. La personne peut devenir autoritaire, jalouse et manipulatrice.
  • Les Managers vus par l’IFS peuvent adopter une hyper‑vigilance pour anticiper toute trahison. Ils veulent garder le pouvoir et contrôler les autres afin de ne pas revivre la douleur d’un Exilé qui se sent trahi ou abandonné. Lorsque le contrôle échoue, des Pompiers peuvent manifester une colère explosive ou une rupture brusque des relations pour « éteindre l’incendie ». L’Exilé associé porte la rage et la peur liées à la trahison.
  • Comparaison : La similitude ici se trouve dans la stratégie de contrôle pour se protéger. Cependant, l’IFS encourage à dialoguer avec la part contrôlante pour comprendre sa peur et lui permettre de se détendre grâce au Self. Tandis que Lise Bourbeau invite à lâcher prise progressivement et à faire confiance en posant des petits actes de délégation et d’acceptation.

Blessure d’injustice, masque du rigide et parts perfectionnistes

La blessure d’injustice
  • Selon Lise Bourbeau, la blessure d’injustice provient d’un environnement froid et critique où l’enfant sent qu’il doit mériter l’amour. Le masque du rigide se caractérise par un besoin d’être parfait, un contrôle de soi constant et une difficulté à recevoir ou à montrer sa vulnérabilité.
  • En IFS, un Manager perfectionniste cherche à éviter les critiques en imposant des standards élevés. Il espère ainsi protéger un Exilé qui, dans le passé, a été humilié ou jugé injustement. Ces parts peuvent être soutenues par des Pompiers qui réagissent avec rigidité ou insensibilité lorsque la peur de l’injustice refait surface. De son côté, l’Exilé se sent profondément incompris et recherche la reconnaissance.
  • Comparaison : Les deux approches soulignent l’emprise du perfectionnisme et de la rigidité comme mécanismes de défense. L’IFS propose de reconnaître la part rigide comme un Manager, d’écouter ses inquiétudes et de lui montrer que le Self peut offrir la sécurité et la reconnaissance dont il a besoin. Tandis que Lise Bourbeau suggère de cultiver la souplesse, de s’autoriser l’imperfection et d’exprimer ses émotions pour guérir de l’injustice.

Les 5 blessures émotionnelles à la lumière de Lise Bourbeau et de l’IFS

La comparaison entre les blessures et masques de Lise Bourbeau et les parts de l’Internal Family Systems révèle une complémentarité inspirante. Les deux approches reconnaissent que nos comportements défensifs prennent racine dans des traumatismes précoces et qu’ils cherchent à nous protéger, même lorsqu’ils deviennent limitants. Elles insistent sur la nécessité de la conscience de soi, de l’acceptation et de la bienveillance pour entamer un processus de guérison.

L’IFS enrichit la compréhension des masques de Bourbeau en distinguant la part protectrice de la part blessée. Là où l’autrice voit un “fuyant” ou un “dépendant”, l’IFS voit un Manager ou un Pompier qui protège un Exilé vulnérable. Cette distinction permet un travail plus nuancé. Car, on peut alors remercier le protecteur pour sa vigilance, gagner sa confiance, puis offrir à l’Exilé la présence du Self pour l’aider à guérir.

De son côté, la vision simple et parlante de Lise Bourbeau offre une porte d’entrée accessible pour les lecteurs qui débutent dans l’exploration de leurs blessures. Elle fournit des descriptions concrètes (comportements, peurs, origines) qui facilitent l’identification de ses schémas et l’amorce d’un travail intérieur.

guérir blessures émotionnelles Lise Bourbeau IFS

En pratique, il peut être bénéfique de combiner ces deux perspectives :

💜 ↠ Utiliser la grille des blessures pour repérer les zones sensibles de notre vie ;

💜 ↠ Et, une fois ces blessures identifiées, adopter l’approche IFS pour dialoguer avec les parts protectrices et vulnérables qui en découlent.

Cette synergie permet d’aller au‑delà de la simple prise de conscience et d’offrir à chaque part un espace de guérison. Avec ces deux approches, vous pourrez ainsi découvrir que derrière chaque masque se cache une part qui cherche à vous protéger. Et qu’en apprenant à écouter ces parts avec compassion, vous serez en mesure de libérer l’enfant intérieur blessé.

Mais qu’il s’agisse de blessures, de masques ou de parts, le plus important, c’est que vous choisissiez d’emprunter le chemin de reconstruction qui résonne en vous.

Rappelez-vous : il n’y a pas plus de clé magique que de chemin unique.

Prenez ce qui vous parle, laissez le reste…

Avec toute ma bienveillance. 💗 ✨

💌 Solweig Ely

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2 Commentaires
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Virginie
Virginie
1 mois il y a

Très intéressant cette double approche. Personnellement, je connaissais les 5 blessures émotionnelles qui peuvent expliquer nos comportements face à des situations mais pas l’IFS et le principe des « parts intérieures ». J’ai pris note des références que tu donnes pour explorer tout cela plus finement.

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