Blessure de trahison : comment réapprendre à faire confiance après un traumatisme de l’enfance

Blessure de trahison : comment réapprendre à faire confiance après un traumatisme de l’enfance

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

Il y a une blessure qui ressemble parfois à de la méfiance. Qui ressemble parfois à du contrôle. Qui ressemble parfois à de la distance, de la froideur, à une incapacité à « lâcher prise » dans les relations. Mais si on gratte un peu sous la surface, on trouve souvent quelque chose de bien plus douloureux : la blessure de trahison. Quelqu’un qui a été trahi au moment où il ou elle avait le plus besoin d’être protégé(e). C’est la quatrième de cette série sur les blessures émotionnelles de l’enfance. Et peut-être la plus complexe à porter, parce qu’elle touche à quelque chose d’aussi fondamental que la confiance elle-même.

Comprendre la blessure de trahison, sans s'y enfermer

Dans le langage de Lise Bourbeau, la blessure de trahison naît lorsqu’une personne en qui l’on avait foi, un parent, un proche, une figure d’autorité, viole cette confiance au moment même où l’on dépendait d’elle pour être protégé(e), cru(e), reconnu(e).

La recherche en psychotraumatologie a formalisé cette réalité sous le nom de betrayal trauma : un traumatisme de trahison survient lorsque des personnes ou des institutions dont on dépend portent atteinte à notre confiance ou à notre bien-être. Ce qui distingue ce type de trauma des autres, c’est que la gravité psychique ne tient pas seulement à la peur ressentie. Elle tient au degré de trahison sociale impliqué. Autrement dit : être blessé(e) par quelqu’un dont on dépend pour survivre laisse une empreinte différente, et souvent plus profonde, qu’être blessé(e) par un inconnu.

Et puis il y a la trahison institutionnelle. Ce que la chercheuse Jennifer Freyd et ses collègues ont nommé institutional betrayal : quand une institution censée protéger (la famille, l’école, l’église, la justice) choisit de protéger sa propre image plutôt que la personne qui souffre. Cette couche-là vient souvent s’ajouter à la trahison initiale, comme un second sol qui s’effondre sous les pieds.

Comme pour toutes les blessures de cette série, rappelons-le avec douceur : ce cadre n’est pas un diagnostic. C’est une lanterne. Une façon de mettre des mots sur ce que, parfois, on n’arrivait pas à nommer.

Mon histoire : quand les protecteurs deviennent ceux qu'il faut protéger

Dans mon livre autobiographique Le Silence et la Honte, la trahison a de nombreux visages. Mais le plus douloureux est sans doute celui-là : des parents qui, au lieu de me protéger, ont exigé que je les protège, eux. J’y raconte cette scène où l’on me force à réécrire une lettre au juge pour « blanchir » leur responsabilité, pour préserver une image que la vérité menaçait d’abîmer. Cette inversion est au cœur de la blessure de trahison : non seulement on ne me protège pas, mais on me demande de devenir la gardienne de ceux qui auraient dû l’être.

Et avec cette inversion vient une phrase que j’ai intériorisée très tôt, et qui a coloré des années de ma vie : « Si l’on m’avait fait du mal, si j’avais souffert, on m’avait toujours dit que c’était nécessairement ma faute. »

Cette culpabilité imposée, ce self-blame, ou auto-accusation, qu’on greffe sur la victime pour que le système continue de tenir, est l’un des mécanismes les mieux documentés dans la littérature sur les traumatismes relationnels. Une méta-analyse portant sur plus de 35 000 survivants montre une relation robuste entre la culpabilité liée au trauma et les symptômes de stress post-traumatique. Ce n’est pas un détail psychologique. C’est une blessure dans la blessure.

Quand on est déjà fragilisé(e) par des trahisons fondatrices, une rupture qui semblerait banale pour d’autres peut agir comme une confirmation intérieure de quelque chose qu’on redoutait déjà : on ne me choisit pas. On peut m’abandonner d’un jour à l’autre. Je ne mérite pas d’être aimée. C’est ainsi que la blessure de trahison devient un filtre, elle colore les relations présentes avec la peur du futur.

Ce que la trahison fabrique à l'intérieur

Ce que la trahison fabrique à l'intérieur

La trahison, surtout lorsqu’elle vient d’un proche dont on dépend, peut déclencher des réponses psychiques très particulières. La recherche autour du betrayal trauma propose quelque chose d’important : dans certaines situations où reconnaître la trahison mettrait en danger un lien vital, le psychisme peut activer des stratégies de protection. Une forme d’aveuglement partiel, des altérations de la mémoire, de la dissociation, pour préserver l’attachement nécessaire à la survie. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de l’intelligence adaptative, au service de la vie.

Comme je l’explore dans l’article Le traumatisme du silence : quand personne ne voit, personne ne croit, ne pas voir la trahison, ou ne pas pouvoir la nommer, peut être une façon de rester debout quand tout le reste s’effondre.

Deux émotions accompagnent très fréquemment la blessure de trahison, et il est important de les distinguer :

 La honte dit : je suis mauvais(e), indigne, sale. Elle attaque l’être.

 La culpabilité dit : j’ai fait quelque chose de mal. Elle attaque le faire.

Les deux sont présentes dans les traumatismes relationnels. Les deux sont liées aux symptômes post-traumatiques. Et toutes les deux poussent à se cacher. Ce qui rend la reconstruction d’autant plus solitaire, d’autant plus difficile.

Comment la blessure de trahison se rejoue à l'âge adulte

La blessure de trahison installe souvent un dilemme intérieur que beaucoup reconnaîtront : Si je fais confiance, je risque d’être détruit(e). Si je ne fais confiance à personne, je suis seul(e).

C’est un endroit épuisant. Et voici quelques façons dont cette tension peut se manifester. Non pas comme une liste pour se « diagnostiquer », mais comme des repères, offerts avec tout le soin qui s’impose.

Du côté des émotions et ressentis

🪻 Une méfiance de fond, sentir que le danger est partout, même quand tout semble calme

🪻 Une colère protectrice, parfois froide, parfois volcanique, qui dit plus jamais

🪻 De l’anxiété et une tension corporelle constantes : le corps reste en alerte, comme s’il devait anticiper la prochaine déception

🪻 De la culpabilité et de l’auto-accusation : si j’avais…, c’est moi qui… — surtout quand on vous a appris, enfant, que c’était votre faute

🪻 Une honte silencieuse : je suis différent(e), je ne serai pas cru(e), je ne peux pas le dire

Du côté des comportements automatiques

🪻 Tout anticiper, tout vérifier, tout contrôler, pour réduire le risque d’être à nouveau pris(e) en défaut

🪻 Tester inconsciemment les relations : provoquer une preuve d’amour pour vérifier si la personne tiendra

🪻 Avoir du mal à recevoir de l’aide sincère, parce que « recevoir » implique de dépendre un peu, et dépendre est devenu dangereux

🪻 Une hyper-indépendance qui ressemble à de la force, mais qui est souvent une armure

🪻 Couper le lien dès qu’un minuscule signal semble annoncer une déception future

Si vous vous reconnaissez dans certains de ces mécanismes, je vous invite à lire l’article Pourquoi mon traumatisme refait-il surface après tant d’années ?  J’y explore comment ces stratégies de protection, apprises dans l’enfance, peuvent surgir à l’improviste dans la vie adulte, même des années après.

Le regard IFS : des parts gardiennes, pas des ennemies

Le modèle Internal Family Systems de Richard Schwartz, que j’explore dans les articles IFS : à la découverte du Système Familial Intérieur et Deux livres de référence pour approfondir l’IFS, m’offre un cadre particulièrement précieux pour regarder la blessure de trahison sans se juger.

Dans la blessure de trahison, on retrouve souvent :

💜Une part exilée qui porte la douleur originelle : j’ai été trahi(e), je ne suis pas en sécurité, je ne mérite pas d’être aimé(e)

💜Des managers très actifs : la part qui contrôle tout, celle qui surveille, celle qui perfectionne, celle qui anticipe. Autant de stratégies apprises pour ne jamais être pris(e) par surprise

💜Des pompiers qui interviennent quand la douleur déborde : anesthésie, rupture brutale, colère soudaine, repli total

Ce que l’IFS propose, et ce que je trouve profondément juste, c’est de reconnaître que ces parts ne sont pas vos ennemies. La part qui contrôle n’est pas un défaut de caractère. C’est une gardienne. Elle a appris, dans des conditions difficiles, qu’elle devait veiller sur vous, parce que personne d’autre ne le ferait. Elle mérite d’être remerciée, pas combattue.

Des gestes doux pour réapprendre, progressivement, à faire confiance

Des gestes doux pour réapprendre, progressivement, à faire confiance

La confiance, après une trahison fondatrice, ne revient pas d’un seul coup. Elle ne « s’active » pas par décision. Elle se reconstruit, lentement, patiemment, par accumulation de micro-expériences de sécurité.

Revenir au corps quand la méfiance prend tout l'espace

Quand une part de vous est en alerte maximale, la pensée tourne vite, les scénarios s’emballent. Avant de « réfléchir », il peut aider de donner d’abord au corps un signal de sécurité, très simple, très court.

Ancrage express (30 secondes) : sentez vos pieds au sol, trois points d’appui. Inspirez doucement. Expirez un peu plus longuement. Dites intérieurement : Là, maintenant, je suis ici.

Ce n’est pas oublier. C’est empêcher le passé de coloniser entièrement le présent.

Rendre la culpabilité à la bonne adresse

Quand on vous force à protéger ceux qui auraient dû vous protéger, on vous force aussi à porter un récit : c’est toi. Défaire ce récit prend du temps, mais un exercice d’écriture court peut aider à commencer.

Essayez deux colonnes : ce que j’ai porté (faute, honte, responsabilité) / ce qui ne m’appartient pas (responsabilité de l’adulte, du système, du silence organisé). Et terminez, si vous le pouvez, par une phrase simple : Je rends à chacun ce qui lui appartient.

Si l’exercice déclenche trop, arrêtez. Respirez. Et si possible, faites-le accompagné(e).

Si vous souhaitez une aide personnalisée pour faire cet exercice ou pour toute autre besoin, n’hésitez pas à me contacter pour prendre rendez-vous.

Dialoguer avec la part qui surveille

Dans un esprit IFS, plutôt que de combattre votre part hypervigilante, essayez de lui parler, même deux minutes, intérieurement :

« Je vois une part de moi qui surveille. Merci. Tu as essayé de me sauver. De quoi as-tu peur, exactement, aujourd’hui ? De quoi aurais-tu besoin pour te détendre un tout petit peu ? »

Ce petit déplacement, de la lutte vers la curiosité, est déjà une forme de guérison intérieure.

Reconstruire la confiance par paliers

Après la trahison, reconstruire la confiance

La confiance n’est pas un interrupteur. C’est une compétence qui se réapprend graduellement, dans des liens choisis.

Un chemin possible, très progressif : confier d’abord un fait neutre et observer la réponse. Puis une émotion légère. Puis demander un petit service et observer si vos limites sont respectées. Et seulement ensuite, si les étapes précédentes ont été sûres, s’autoriser à partager quelque chose de plus sensible.

Ce n’est pas de la méfiance. C’est de la sagesse relationnelle.

Un mot pour terminer, de cœur à cœur

Réapprendre à faire confiance après une trahison fondatrice est l’une des choses les plus courageuses qui soient. Parce que cela demande de s’exposer à nouveau, alors que l’expérience vous a appris que s’exposer peut coûter très cher.

Ce courage-là ne ressemble pas forcément à ce qu’on imagine. Il ne ressemble pas à de la confiance aveugle, ni à du pardon forcé. Il ressemble à un tout petit geste : confier quelque chose de petit à une personne sûre. Laisser quelqu’un faire quelque chose pour vous. Recevoir, sans déflection, un mot gentil.

Ces gestes minuscules sont des actes de reconstruction. Et ils comptent.

Les protecteurs qui auraient dû être là n’ont pas été là. Ce n’est pas votre faute. Et cela ne dit rien de ce que vous méritez, cela dit quelque chose de ce qu’ils n’ont pas su, ou pas voulu, donner.

Vous méritez des liens qui tiennent.

Avec toute ma bienveillance, 💜✨

Solweig Ely 🎀 💌

Cet article fait partie de la série sur les 5 blessures émotionnelles de l'enfance. Retrouvez les autres articles ici :

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Miren
Miren
4 heures il y a

J’ai trouvé ton article particulièrement fort et nuancé, notamment parce qu’il montre bien que la blessure de trahison ne se résume pas à un simple manque de confiance, mais touche profondément la sécurité intérieure et la manière d’entrer en relation avec les autres. Un article à la fois sensible, éclairant et plein de douceur

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