Solweig Ely : mon expérience de la photo pour réparer l’image de soi après un trauma

Solweig Ely : Mon expérience de la photo pour réparer l'image de soi après un trauma

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

Dans un précédent article sur Le regard sur soi après un traumatisme d’enfance ,  je vous proposais une réflexion sur la façon dont le traumatisme perturbe le rapport à l’image de soi, et sur ce que des travaux scientifiques nous disent de la photo comme outil possible de reconstruction identitaire.

Aujourd’hui, je veux aller plus loin. Je veux vous parler de mon expérience.

Pas depuis la distance rassurante des études et des concepts. Depuis l’endroit où je me suis retrouvée, à une période de ma vie, devant un objectif, avec toute mon histoire dans le corps. Avec la femme que j’avais fini par devenir malgré tout… Et avec les parties de moi qui n’avaient pas encore tout à fait compris que le danger était passé.

Ce texte est doux, mais il est vrai. Et si vous portez vous aussi des blessures du passé, je crois qu’il vous parlera.

Comment j'en suis venue à poser devant un objectif

Reconstruire l’image de soi après un traumatisme d’enfance, c’est un travail qui ne ressemble à rien de linéaire. Ce n’est pas un chemin qui monte régulièrement vers la lumière. C’est plutôt une série de tentatives, de petits gestes, d’expériences parfois étranges. Des moments où l’on essaie quelque chose de nouveau et où l’on découvre, après coup, que quelque chose s’est déplacé à l’intérieur.

Pour moi, l’expérience de la photo, et notamment des shootings en lingerie que j’ai réalisés avec le célèbre photographe Philippe Pont, en fait partie. Ce n’était pas une décision thérapeutique calculée. C’était une envie. Une curiosité. Et peut-être, quelque part, une tentative de répondre à une question que je n’arrivais pas encore tout à fait à formuler : est-ce que je peux me voir autrement que comme un corps abîmé ?

Ce que la photo m'a apporté : reprendre le contrôle de mon image

Dans la description de son approche, Philippe Pont évoque quelque chose qui a résonné très fort en moi : l’idée que, dans un shooting, ce n’est pas l’objectif qui vous vise, c’est vous qui dirigez. Vous qui choisissez. Vous qui construisez la façon dont vous voulez être vue. Cette inversion peut sembler anodine. Elle ne l’est pas du tout pour quelqu’un qui a grandi en apprenant que son corps ne lui appartenait pas.

L’un des noyaux durs du traumatisme d’enfance (je l’ai vécu, et la recherche le confirme) c’est la perte de contrôle. Le figement. L’impossibilité de réagir. Le fait d’avoir été objet, pas sujet. Et cette trace-là ne disparaît pas simplement parce que les années passent. Elle reste dans les réflexes, dans la façon dont on se tient, dans l’inconfort face à certains regards.

Poser devant un objectif, dans un cadre choisi, avec un photographe respectueux, en ayant le droit de dire stop à tout moment : c’est une expérience corrective au sens le plus concret du terme. Non pas parce qu’elle efface ce qui a été vécu. Mais parce qu’elle propose quelque chose que le corps n’avait jamais vraiment connu : je décide. Je suis là. Je suis sujet.

Ce que la photo m'a apporté : reprendre le contrôle de mon image

Une expérience confirmée par la science

Des travaux en psychologie sociale montrent que travailler avec les photos et le récit peut favoriser le dévoilement de soi, renforcer le lien social, et soutenir un travail d’identité. Mais toujours en laissant aux participantes un contrôle sur ce qu’elles partagent et sur la façon dont elles apparaissent. Dans un contexte différent, des recherches sur des interventions portrait-narration auprès de femmes traversant une maladie grave montrent aussi que l’image co-construite aide à remettre l’expérience difficile dans une histoire de vie plus large.

C’est exactement ce que j’ai ressenti, par moments, devant l’objectif. Non pas que mes photos m’aient guérie. Mais elles m’ont offert quelques instants où je me suis vue différemment. Et parfois, quelques instants suffisent à faire bouger quelque chose.

Ce que la photo a aussi réveillé : la honte qui surgit sans prévenir

Mais je vous ai promis la vérité entière. Et la vérité entière, c’est que ces mêmes expériences ont aussi réveillé, parfois brutalement, quelque chose de très douloureux.

Parce que poser en lingerie, c’est se rendre visible. Et pour quelqu’un dont le corps a été exposé, jugé, humilié, la visibilité n’est pas neutre. Le système nerveux a une mémoire longue. Et parfois, même dans un espace sûr, même avec un photographe bienveillant, même avec le sentiment d’avoir choisi librement, quelque chose en vous envoie un signal d’alarme. Danger. Être vue, c’est risqué. Montrer son corps, c’est s’exposer au jugement. À la violence. À la honte.

La recherche appelle ce mécanisme l’auto-objectification : cet état dans lequel on se regarde à travers les yeux supposés de l’autre. On évalue son propre corps comme un objet à juger. On anticipe le verdict. Des études montrent que la présence d’une caméra, ou le simple fait d’être dans un contexte où le corps est mis en avant, peut déclencher cet état. Avec un impact direct sur l’estime de soi et sur la honte corporelle.

Et avec un traumatisme en dessous, cette dynamique est amplifiée. Parce qu’elle vient toucher une blessure de valeur très ancienne. Une blessure qui dit, dans la langue de l’enfant : si tu montres ton corps, tu es mauvaise. Si tu es désirée, tu mérites d’être punie.

Ce n’est pas rationnel. Je le sais. Vous le savez aussi, si vous portez quelque chose de similaire. Mais la honte ne passe pas par la raison. Elle passe par le corps, par les sensations, par les vieilles associations que le système nerveux a gravées pour survivre.

Pourquoi la même photo peut vous faire vous sentir belle et détestable à la fois

C’est peut-être l’expérience la plus déstabilisante de ce chemin. Et la plus importante à nommer, parce que si vous l’avez vécue, vous avez probablement cru que vous étiez la seule.

Vous ne l’êtes pas.

Ce yo-yo, se voir belle dans une image, puis se sentir honteuse de l’avoir osée, est le résultat de plusieurs mécanismes qui se superposent. Et qui, une fois qu’on les comprend, deviennent un peu moins terrifiants.

Pourtant, je vous avouerai que de décider de publier certaines de ces photos dans mon article m’a donné quelques fils à retordre 😅 sur l’ambivalence de mon ressenti lorsque la question s’est posée. Car comprendre ces mécanismes adouci la perception du conflit intérieur, mais cela ne le fait pas disparaitre pour autant.

Des mécanismes normaux dans la reconstruction de l'image de soi

Il y a d’abord ce que les chercheurs en psychologie du trauma décrivent comme la honte identitaire : contrairement à la culpabilité, qui dit j’ai fait quelque chose de mal, la honte dit je suis mauvaise. Quand, enfant, on a appris, explicitement ou implicitement, que montrer son corps ou être désirée était une faute, cette croyance ne disparaît pas à l’âge adulte. Elle se réactive. Et dans un contexte de shooting, même librement consenti, cette ancienne équation peut se rallumer : j’ai osé exister dans mon corps = je suis mauvaise.

Il y a ensuite le mécanisme d’auto-objectification que j’évoquais plus haut : quand on se regarde par les yeux de l’autre plutôt que par les siens propres, on devient vulnérable aux oscillations. Une photo qui semble correspondre à ce qu’on voulait projeter : shot d’estime. Une voix intérieure qui juge, compare, trouve un défaut : crash. Et ce crash peut être brutal, même si personne d’autre n’a dit quoi que ce soit.

Il y a enfin la clarté de l’identité. Ce sentiment d’avoir une image stable et cohérente de qui l’on est. Quand cette clarté est fragilisée par des blessures anciennes, on devient plus vulnérable aux bascules, aux états de dissociation légère. A ces moments où on ne sait plus très bien qui on est dans le miroir.

Tout cela peut coexister dans la même après-midi. Parfois sur la même image. Et si vous avez vécu cela, sachez que c’est cohérent. C’est une réponse compréhensible à une histoire douloureuse, pas un signe que vous êtes trop cassée pour vous reconstruire.

Ce que j'ai appris : des repères pour vivre cette expérience sans se perdre

Si vous envisagez une expérience photo dans le cadre de votre reconstruction, ou si vous en avez déjà vécu une et que vous cherchez à mettre des mots sur ce qui s’est passé, voici ce que j’aurais aimé savoir avant.

Le choix doit être partout

Le trauma enlève le choix. La reconstruction le remet. Choix du photographe, de l’ambiance, du style vestimentaire, des poses, du niveau d’exposition, et surtout droit de dire stop à tout moment, sans explication. Si une expérience photo ne vous offre pas ces espaces de contrôle, elle n’est pas la bonne pour vous.

L'ambivalence est normale

Se sentir puissante et honteuse à la fois devant une image de soi, ce n’est pas de l’incohérence. C’est l’intersection entre votre identité adulte qui choisit, et la honte conditionnée de l’enfant qui s’est cru(e) mauvais(e) pour avoir existé dans un corps. Les deux peuvent coexister. Aucune n’annule l’autre.

Repérez ce qui déclenche l'auto-objectification

Des retouches excessives qui transforment votre corps en quelque chose qui ne vous ressemble plus. Des commentaires sur votre silhouette ou votre poids. Des injonctions à être sexy d’une façon qui n’est pas la vôtre. Une exposition publique des images que vous n’avez pas pleinement choisie. Ces éléments peuvent réactiver la honte, même dans un cadre qui était au départ sécurisant.

Prévoyez un espace après

Le corps peut réagir de façon différée. Parfois quelques heures après le shooting, quand l’adrénaline retombe et que le système nerveux reprend ses droits. Une marche, une douche chaude, un journal, un appel à une personne de confiance, une séance avec votre thérapeute si vous en avez un(e). Ce sas de transition peut faire une vraie différence.

Ce que ces photos ont représenté pour l'image de moi, finalement

Ce que ces photos ont représenté pour l'image de moi, finalement

Il y a des images de moi que j’aime regarder aujourd’hui. Pas parce qu’elles montrent un corps parfait, elles ne le montrent pas, et ce n’est pas ce que je cherchais. Mais parce qu’elles montrent quelqu’un qui a choisi d’être là. Quelqu’un qui a décidé, ce jour-là, que son corps pouvait exister autrement que dans la douleur ou dans la honte.

Ce n’est pas une guérison. C’est un geste. Un parmi d’autres, dans un chemin qui en compte beaucoup. Mais c’est un geste qui m’appartient. Et ça, c’est déjà immense.

Si vous portez des blessures liées à l’image de soi, à la honte corporelle, à la difficulté d’exister dans votre corps sans vous juger, je vous invite à explorer la série sur les blessures émotionnelles de l’enfance, et notamment l’article sur la blessure d’humiliation, qui aborde directement la honte corporelle et les façons de commencer à s’en libérer.

Et si vous souhaitez un point de départ concret, le Journal de reconstruction : 7 jours pour se reconnecter à soi-même inclut des exercices doux pour renouer avec le corps, à votre rythme, sans forcer.

💜 Un mot de cœur pour finir

Si vous avez eu envie de vous voir autrement. Si vous avez essayé quelque chose, une photo, un atelier, un exercice de reconstruction corporelle, et que ça a été à la fois beau et douloureux, sachez que c’est normal. Que ce n’est pas un signe que vous avez mal fait. Que l’ambivalence n’est pas un obstacle à la guérison, elle en fait partie.

Vous n’avez pas à choisir entre être belle et avoir souffert. Vous n’avez pas à mériter votre image avant de vous permettre de la regarder avec un peu de douceur. Ces deux choses peuvent coexister : la blessure et la beauté. Le passé et la femme que vous êtes en train de devenir.

Avec toute ma bienveillance, 💜✨

Solweig 🎀 💌

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Sophie MORTH
Sophie MORTH
10 heures il y a

J’avoue que plus j’avance plus je me rends compte que mon image est quelque chose de finalement assez compliqué pour moi. Je veux bien croire qu’une séance photos soit le terrain idéal pour un maximum de prises de conscience. Merci pour ce témoignage et bravo pour ce courage

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