Le regard sur soi après un traumatisme d’enfance : quand l’image peut réparer… et réveiller la honte

Le regard sur soi après un traumatisme d’enfance : quand l’image peut réparer… et réveiller la honte

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

Quand j’ai écrit Le silence et la honte, je ne racontais pas seulement des faits, ni un traumatisme d’enfance. Je racontais aussi un climat : celui où l’on apprend très tôt à se taire, à se faire petite, à porter une honte qui ne nous appartient pas. Et, avec le temps, ce silence finit parfois par s’installer dans un endroit inattendu : le regard que l’on pose sur soi.

Car un traumatisme ne touche pas uniquement la mémoire. Il peut bousculer « la vision que chacun peut avoir de soi, des autres, du monde » : autrement dit, nos repères intérieurs, notre sentiment de valeur, notre place parmi les autres. C’est souvent là que naît la confusion : « Je sais intellectuellement que je n’y suis pour rien… mais je me sens quand même sale, étrange, illégitime. »

Et c’est là aussi que l’image (le miroir, le corps, la photo, le regard des autres) devient ambivalente : parfois elle relève, parfois elle écrase. Parfois elle réveille exactement ce que l’on essaie d’apaiser.

Quand le traumatisme brouille l’image intérieure

L’enfance est une période où l’identité se construit : qui je suis, ce que je vaux, ce que je mérite. Quand le danger vient de celles et ceux qui devraient protéger, l’esprit s’adapte pour survivre… mais ces adaptations peuvent laisser des traces durables.

Lorsque les traumatismes sont répétés, ils peuvent toucher « la structuration de l’individu » : identité, relations, régulation des émotions, dissociation plus fréquente, et « beaucoup de pensées négatives sur eux-mêmes ».  Dit simplement : si ton regard sur toi est instable, très dur, ou rempli d’insultes intérieures, ce n’est pas « une faiblesse de caractère ». C’est souvent une conséquence logique d’un système qui a dû survivre longtemps.

Ainsi, des traumatismes répétés dans l’enfance peuvent altérer « la perception et l’image de son corps » et même le sens que l’on donne aux autres humains, au monde, à la société. Quand on a grandi dans un climat de violence ou d’emprise, on ne repart pas juste avec des souvenirs : on repart parfois avec un regard entier « déréglé ».

Regard sur soi après un traumatisme d'enfance

Le concept de la clarté de soi

Un autre concept aide à mettre des mots sur ce flou : la clarté du concept de soi (self‑concept clarity). Elle désigne à quel point nos croyances sur nous‑mêmes sont claires, cohérentes et stables dans le temps.
Une étude (menée auprès de jeunes femmes, dont certaines survivantes d’abus sexuels dans l’enfance) suggère que cette clarté peut jouer un rôle protecteur : lorsque la clarté du concept de soi est faible, les symptômes de détachement (dépersonnalisation/déréalisation) apparaissent plus facilement chez les survivantes.

Un regard bienveillant sur la dissociation

Et puis il y a la dissociation, dont je vous parle dans ces deux précédents articles :

C’est un symptôme souvent mal compris, mais très important pour l’image de soi.

La dissociation traumatique est une réaction involontaire, une adaptation qui survient pour protéger la personne pendant l’événement mais aussi, parfois bien après.
Elle peut se manifester par une impression d’irréalité (« comme dans un film »), une déconnexion du corps, une sidération, ou des actions automatiques.
Elle peut aussi modifier la perception du temps et de l’espace et perturber l’inscription de l’événement dans la mémoire, rendant parfois difficile de raconter « le fil » des choses.

Pourquoi c’est important ici ? Parce que quand une partie de toi se coupe pour survivre, se sentir « unifiée » devient compliqué. Et ton regard sur toi peut alors osciller : un jour tu te trouves jolie, le lendemain tu te trouves honteuse, et parfois tu ne sens plus rien. Cette oscillation n’est pas un caprice : c’est souvent un système nerveux qui alterne entre protection et tentative de revenir au présent.

Honte et culpabilité : quand le trauma attaque l’identité

On confond souvent honte et culpabilité, alors qu’elles ne racontent pas la même histoire.

✔️ La honte vise le “moi” entier (« je suis mauvais·e »)

✔️ La culpabilité vise davantage les comportements (« j’ai fait quelque chose de mal »)


C’est pour cela que la honte colle si fort à l’image de soi : elle s’installe comme une étiquette identitaire, pas comme un simple regret. Et la recherche est très claire sur un point : après un trauma, honte et culpabilité ne sont pas « accessoires ». Elles sont souvent au cœur de la souffrance.

Une méta‑analyse (Journal of Anxiety Disorders) conclut que honte et culpabilité sont toutes deux positivement associées aux symptômes post‑traumatiques.
Une autre grande méta‑analyse (Psychological Medicine) montre un lien modéré entre culpabilité liée au trauma et PTSD, et indique aussi que, dans les études longitudinales (donc dans le temps), la culpabilité semble jouer un rôle dans l’installation et le maintien des symptômes.

Honte et culpabilité : quand le trauma d'enfance attaque l’identité

Quand le trauma de la honte vient de l’intérieur (famille, proche, autorité)

La honte s’installe durablement quand on se donne des explications internes (« c’est moi »), stables (« je serai toujours comme ça »), et globales (« ça dit tout de moi »).
Autrement dit : la honte prospère quand on transforme une violence subie en verdict sur notre identité.

C’est ici que mon témoignage rejoint celui de nombreuses survivantes : quand, enfant, on reçoit des messages humiliants (explicitement ou implicitement), ils peuvent devenir une voix intérieure. Et même quand l’adulte essaie de se reconstruire, cette voix peut revenir au pire moment : lorsque quelque chose, enfin, te redonne de la lumière.

Corps, regard des autres et photo : pourquoi ça peut réparer… ou raviver

Le traumatisme n’abîme pas seulement « ce que tu sais ». Il peut aussi abîmer « ce que tu ressens dans ton corps » et « ce que tu crois que les autres voient de toi ».

Une revue systématique et méta‑analyse (Journal of Child & Adolescent Trauma) montre une association robuste entre maltraitance dans l’enfance et perturbations de l’image corporelle à l’âge adulte. Les difficultés d’image corporelle semblent particulièrement marquées chez les personnes présentant un SPT après maltraitance. Donc non : se sentir « sale », « trop », « pas assez », « dégoûtant·e » n’est pas forcément un simple manque de confiance. C’est souvent un héritage corporel et émotionnel.

L’impact de la société sur le regard de soi

À cela s’ajoute une autre couche, très sociale : la manière dont nos sociétés apprennent aux femmes (et aux filles) à se regarder “de l’extérieur”.

Dans une culture où la beauté est idéalisée et où les corps féminins sont souvent sexualisés, certaines finissent par intérioriser le regard extérieur et s’auto‑objectifier.
Et cette auto‑objectification n’est pas seulement une idée abstraite : elle peut être déclenchée par des situations très concrètes, comme l’essayage devant un miroir ou la présence d’une caméra.

Dans mon histoire personnelle, l’impact sociétal, familial et religieux a été d’une importance capitale. Un contexte différent aurait évité bien des traumatismes et des blessures émotionnelles à l’enfant que j’étais. J’y consacrerai d’ailleurs un prochain article.

Retrouver un regard plus doux : repères qui aident vraiment

Je le dis avec douceur : reconstruire le regard sur soi, ce n’est pas « se répéter des phrases positives » en serrant les dents. C’est souvent un chemin. Parfois lent. Souvent en spirale : on croit reculer, mais on approfondit. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des approches qui travaillent précisément ce qui coince : la peur, oui, mais aussi la honte, la culpabilité, les croyances sur soi, et la sécurité intérieure.

La prise en charge des troubles de stress post‑traumatique passe essentiellement par la psychothérapie, avec des approches cspécialisées comme l’IFS ou l’EMDR, par exemple.

Une autre ressource, souvent plus accessible au quotidien, c’est l’auto‑compassion, dont je vous parle dans l’article « L’auto-compassion. L’indulgence avec soi-même de Christopher K. Germer ». Les études à ce sujet rapportent un effet reconnu de l’auto‑compassion sur les symptômes post‑traumatiques, et elles notent même qu’une pratique sur le long terme est associée à de meilleurs résultats.  Dans l’esprit de Chemins de vies, voici la traduction en langage simple :

Remplacer le juge intérieur par une voix de soutien n’est pas du

« développement personnel creux ».

C’est un axe sérieux, documenté, et souvent déterminant pour le regard sur soi.

outils trauma‑safe pour les jours où l’image pique

Mini boîte à outils trauma‑safe pour les jours où l’image pique

Ici, pas de recettes miracles. Juste des gestes doux, des repères, et l’idée que tu as le droit d’y aller à ton rythme.

Le micro‑ancrage en 30 secondes

Pose tes pieds au sol. Sens trois points d’appui (talons, plante, orteils). Regarde autour de toi et nomme mentalement 3 choses simples (« une tasse, une fenêtre, une couleur »). Ce geste dit au corps : je suis ici, maintenant.

Le “cadre sécurisé” pour la photo

Si tu explores un travail à travers l’image (selfie, séance photo, portraits de famille), choisis 1 élément de contrôle : ton vêtement préféré, une lumière douce, un angle que tu aimes, une personne de confiance, un mot‑stop. Le contrôle n’est pas de la vanité : c’est une façon de réduire la vulnérabilité quand on a connu l’intrusion.

Quand la honte arrive : une phrase‑pont

La honte dit souvent : “je suis…” (mauvaise, sale, ridicule). Essaie une phrase-pont :
« Je sens de la honte en moi, mais la honte n’est pas moi. »
Tu ne forces pas l’émotion à partir. Tu refuses juste qu’elle devienne ton identité.

Une main sur le cœur, l’auto-compassion sans pression

Ce geste n’a rien de magique. Il signale au système nerveux : je me tiens compagnie. Une manière de te rappeler que, toi-aussi, tu peux devenir ta meilleure amie.

Pour terminer, je veux te laisser avec cette idée : si ton regard sur toi est dur, ce n’est pas parce que tu es “cassé·e”. C’est souvent parce que tu as appris à survivre dans un monde qui ne te protégeait pas.

Très bientôt, je publierai la suite de cet article avec :
Mon expérience de la photo en tant que modèle : entre réparation et réveil de la honte”.

Solweig Ely modèle photo

J’y raconterai comment la photographie a pu devenir, pour moi, un chemin paradoxal : à la fois une reconquête d’une “belle image de moi”, et un révélateur des couches de honte encore vivantes.

D’ici là, je travaille actuellement sur un « petit Kit d’urgence émotionnelle »:

« Quand ça monte trop », revenir à la sérénité, ici et maintenant »

Tu es intéressé(e) par ce programme ?

💜✨ Avec toute ma gratitude,

Solweig Ely 💌

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