Traumatismes et corps : mon vécu avec la fibromyalgie, de la douleur à la reconstruction

Traumatismes et corps : mon vécu avec la fibromyalgie, de la douleur à la reconstruction

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

C’est le centième article que je signe sur Chemins de Vies.

Cent articles pour comprendre. Pour mettre des mots là où, pendant des années, il n’y en avait pas. Cent articles pour parler de traumatisme, de honte, de dissociation, de reconstruction… De ces morceaux de nous qu’il faut parfois aller chercher très loin avant de réussir à les rassembler.

Alors, pour ce centième article, je ne voulais pas choisir un sujet anodin.

Je voulais parler de mon corps.

Parce que mon histoire traumatique ne s’est jamais déroulée uniquement dans ma tête.

Quand mon corps a dit NON

Enfant, j’ai notamment subi des violences physiques et des abus sexuels.  Je raconte cette histoire dans mon livre Le silence et la honte. Ces traumatismes-là concernaient directement mon corps : ses limites ont été franchies, son intégrité n’a pas été respectée. Mais il y a eu autre chose, ensuite, qui a compté tout autant dans la manière dont j’ai grandi avec lui : je n’ai pas été protégée comme j’aurais dû l’être.

Je n’ai pas grandi avec des adultes capables de m’apprendre que mon corps était précieux, qu’une douleur méritait d’être entendue, qu’une limite devait être respectée, qu’un enfant blessé devait être soigné.

Alors j’ai passé une partie de ma vie à ne pas comprendre ce corps.

  • À le pousser.
  • À le malmener.
  • À lui demander de tenir.
  • À utiliser parfois la douleur physique pour faire taire une douleur intérieure beaucoup plus difficile à nommer.

Puis, en 2016, un diagnostic est arrivé : fibromyalgie.

Pendant huit années, il y a eu la douleur chronique, une fatigue qui pouvait être écrasante, les médicaments, les antalgiques et les opiacés. Et même un traitement antidépresseur parce qu’à force d’avoir mal le moral finit lui aussi par être atteint. Dans mon parcours personnel, une oxygénothérapie nocturne m’avait également été prescrite et une machine accompagnait toutes mes nuits.

Solweig Ely : Quand mon corps a dit Non

Et puis, parallèlement, il y a eu autre chose.

Mes recherches. Mes thérapies. Mon besoin presque obstiné de comprendre mon histoire. L’apprentissage de l’apaisement. La reconnexion à mes émotions. Une autre manière d’écouter mon corps, au lieu de constamment essayer de le dominer.

Aujourd’hui, depuis plus de deux ans, je ne prends plus aucun de ces médicaments. La machine d’oxygénothérapie est repartie. Et les douleurs et cette fatigue qui structuraient autrefois ma vie ne sont plus là.

Écrire cela demande pourtant une immense précaution.

Je ne vais pas vous dire : « J’ai guéri mon traumatisme, donc j’ai guéri ma fibromyalgie. »

Ce serait transformer mon expérience personnelle en démonstration scientifique. Elle n’en est pas une.

Ce serait aussi terriblement injuste envers toutes les personnes qui font un travail thérapeutique profond et qui continuent pourtant de souffrir.

Le lien entre traumatisme, corps et douleurs chroniques

En revanche, une question mérite réellement d’être posée : que sait-on aujourd’hui du lien entre traumatisme, corps et douleur chronique ?

La réponse est beaucoup plus intéressante que les deux caricatures auxquelles nous sommes parfois confrontés.

Non, la fibromyalgie n’est pas « dans la tête ». La médecine actuelle la reconnaît comme une affection douloureuse chronique réelle. Et l’Inserm la décrit comme relevant notamment d’une altération des mécanismes de traitement de la douleur. Aujourd’hui rapprochée de la notion de douleur nociplastique.

Mais non plus, le psychisme et le corps ne vivent pas dans deux univers étanches. Le stress traumatique entraîne de véritables réponses neurobiologiques et physiologiques. Et de nombreuses études montrent une association entre les adversités vécues pendant l’enfance et un risque plus important de douleur chronique à l’âge adulte.

Entre « tout est psychologique » et « notre histoire émotionnelle n’a aucun rapport avec notre corps », il existe un immense territoire de nuances.

C’est dans ce territoire que je veux raconter mon histoire.

Quand mon corps avait mal et qu'on lui répondait par la peur

Je me souviens d’une adolescente dont le genou se luxait régulièrement.

Aujourd’hui, raconter cet épisode me serre encore le cœur. Pas seulement à cause de la douleur physique.

À l’époque, mes parents ne m’ont pas emmenée chercher l’explication médicale dont j’aurais eu besoin.

Ils m’ont emmenée chez un exorciste. (Oui oui ! Vous avez bien lu !!! 🧐 🥴)

On m’a expliqué que c’était le diable que j’avais en moi qui s’exprimait.

Imaginez quelques secondes ce que cela peut produire dans l’esprit d’une adolescente.

Votre corps vous fait mal.

Vous ne savez pas pourquoi.

Vous avez déjà vécu des choses que vous n’auriez jamais dû vivre.

Et, plutôt que de vous dire : « Tu as mal, nous allons prendre soin de toi », les adultes censés vous protéger vous expliquent que cette douleur pourrait être la manifestation de quelque chose de mauvais à l’intérieur de vous.

Je veux être particulièrement précise ici, parce que le recul que j’ai aujourd’hui m’interdit une autre simplification : une luxation du genou n’est pas le traumatisme qui « sort du corps ». Une articulation qui se luxe de manière répétée est un symptôme physique qui mérite une véritable évaluation médicale. Je ne pourrais pas, des décennies plus tard, attribuer honnêtement ce problème mécanique à mon histoire psychologique.

La blessure traumatique supplémentaire se trouvait ailleurs.

Elle était dans l’absence de soin.

Dans la peur ajoutée à la douleur.

Dans le message transmis à l’enfant puis à l’adolescente : « Ton corps ne mérite pas nécessairement d’être examiné. Ce qui s’y passe est peut-être la preuve que quelque chose cloche moralement ou spirituellement en toi. »

C’est très différent.

Et cette distinction me paraît fondamentale aujourd’hui.

Quand mon corps avait mal et qu'on lui répondait par la peur

Corps et trauma : des symptômes à la cause

Un traumatisme peut avoir des manifestations corporelles. Un trouble de stress post-traumatique peut s’accompagner d’hypervigilance, de sursauts, de sensations physiques intenses pendant les reviviscences, de troubles du sommeil et de nombreux autres symptômes.

Mais avoir vécu un traumatisme ne doit jamais devenir une raison pour arrêter de rechercher une cause médicale à un symptôme physique.

C’est même l’un des principes auxquels je tiens le plus aujourd’hui.

Car les personnes traumatisées ont suffisamment entendu que leurs sensations n’étaient pas légitimes.

Elles n’ont certainement pas besoin qu’on leur dise, lorsqu’elles arrivent avec une douleur : « C’est votre trauma. »

La Haute Autorité de santé insiste justement, dans ses recommandations consacrées à la fibromyalgie, sur une démarche diagnostique clinique, sur la reconnaissance de la souffrance et sur une prise en charge personnalisée. Il n’existe à ce jour aucun biomarqueur spécifique permettant de diagnostiquer simplement la fibromyalgie par une prise de sang ou un examen unique.

Le symptôme mérite donc d’être écouté pour ce qu’il est.

Réel.

Cette idée peut sembler évidente. Elle ne l’est pas quand on a grandi dans un environnement où ce que l’on ressentait a été nié, détourné ou interprété par d’autres à notre place.

Je crois même qu’une partie de ma reconstruction s’est jouée là : apprendre progressivement que je pouvais écouter ce qui se passait dans mon corps sans immédiatement en avoir peur, sans le considérer comme mon ennemi et sans laisser quelqu’un d’autre décider de ce que cela signifiait.

Faire souffrir mon corps pour ne pas entendre la douleur intérieure

Plus tard, j’ai beaucoup fait de sport.

Beaucoup.

J’ai joué au rugby. J’ai été pompier. Militaire parachutiste. J’ai choisi des univers où le corps est sollicité, entraîné, poussé, confronté à l’effort, au dépassement, parfois à la douleur.

Pendant longtemps, j’ai vu cela uniquement comme la preuve de ma force.

Et c’en était une.

Je ne veux pas relire tout mon passé avec les lunettes du traumatisme au point de retirer à la jeune femme que j’étais sa détermination, son goût du sport, son courage ou son plaisir de se dépasser.

Mais avec les années et tout le travail effectué sur moi, j’ai compris qu’il existait parfois une seconde fonction derrière cet effort.

Quand mon corps souffrait parce que je l’avais fait travailler jusqu’à l’épuisement, je savais pourquoi j’avais mal.

Cette douleur-là avait une explication.

Un entraînement difficile.

Un match.

Un exercice.

Une activité physique très intense.

Elle était presque rassurante comparée à une souffrance intérieure dont je ne comprenais ni l’origine ni les contours.

Je pouvais me dire : « J’ai mal parce que j’ai trop forcé hier. »

C’était infiniment plus facile que de regarder ce qui, à l’intérieur de moi, faisait mal depuis l’enfance.

Du corps au trauma et du trauma au corps

Du corps au trauma et du trauma au corps

Je formule cela comme ma compréhension actuelle de mon propre parcours, pas comme un mécanisme universel. Toutes les personnes qui font beaucoup de sport ne fuient évidemment pas un traumatisme. Pas plus que toutes les conduites de dépassement physique ne sont pathologiques.

Mais dans mon histoire, j’ai fini par comprendre que faire souffrir un corps pouvait aussi être une manière de ne pas sentir une autre douleur.

Et il existe un paradoxe intéressant lorsque je regarde aujourd’hui les recommandations sur la fibromyalgie.

L’activité physique occupe désormais une place centrale dans sa prise en charge. La HAS en fait même un élément de première ligne, avec un apprentissage progressif de l’autonomie et des stratégies personnalisées d’autogestion.

Mais bouger pour prendre soin de son corps et pousser son corps pour ne plus l’entendre sont deux choses très différentes.

J’ai longtemps su dépasser mes limites.

Il m’a fallu beaucoup plus de temps pour apprendre à les sentir.

La reconstruction m’a demandé de modifier complètement cette relation : ne plus demander systématiquement à mon corps combien il pouvait encaisser. Mais commencer parfois par lui demander ce dont il avait besoin.

Cela paraît tout bête écrit comme cela.

Pour quelqu’un qui a vécu des violences corporelles, ça ne l’est pas forcément.

Un traumatisme peut installer un sentiment durable de menace et des réactions automatiques d’alerte. Les travaux sur le stress traumatique décrivent des modifications et régulations complexes impliquant notamment les systèmes neuroendocriniens, les réseaux liés à la peur et à la mémoire, ainsi que les échanges entre cerveau et organisme. Ces réponses varient beaucoup d’une personne à l’autre en fonction de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.

C’est pour cette raison que je préfère aujourd’hui parler d’un corps qui s’est adapté plutôt que d’un corps qui m’a « trahie ».

Il a fait ce qu’il a pu avec l’histoire qui était la sienne.

Et moi aussi.

Fibromyalgie, traumatisme et douleur chronique : ce que la science permet vraiment de dire

C’est probablement la partie la plus importante de cet article, justement parce que mon histoire personnelle pourrait facilement conduire à une conclusion séduisante :

violences dans l’enfance → souffrance psychique → fibromyalgie → travail sur le traumatisme → disparition des symptômes.

La chronologie est tentante.

Scientifiquement, elle ne suffit pas à démontrer une causalité.

Et c’est exactement cette prudence que je veux renforcer sur Chemins de Vies : raconter sans rien retirer de la puissance du vécu. Mais distinguer clairement expérience personnelle, hypothèses explicatives et niveau réel des preuves.

Commençons donc par ce qui est aujourd’hui solidement établi.

La fibromyalgie est une affection douloureuse chronique dont la manifestation principale est une douleur diffuse et prolongée. Fatigue, troubles du sommeil, difficultés cognitives et troubles de l’humeur peuvent également être présents, avec une expression très variable selon les personnes. La HAS rappelle que le diagnostic demeure clinique en l’absence de biomarqueur spécifique.

Surtout, l’Inserm est très clair sur un point qui compte énormément pour les malades :

La fibromyalgie n’est plus considérée comme une maladie psychosomatique au sens où la douleur serait imaginaire ou simplement produite par une difficulté psychologique.

Les recherches s’intéressent notamment à des altérations des systèmes de détection et de modulation de la douleur, ce qui rapproche la fibromyalgie du concept de douleur nociplastique.

Autrement dit : quand une personne fibromyalgique dit qu’elle a mal, elle a réellement mal.

L’absence de lésion visible permettant d’expliquer simplement toute cette douleur ne la rend pas fictive.

Cela étant posé, il existe bien une littérature scientifique importante sur les relations entre adversités de l’enfance, psychotraumatisme et douleur chronique à l’âge adulte.

Les avancées scientifiques : ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas

Une vaste revue systématique et méta-analyse publiée en 2023 a rassemblé 85 études représentant 826 452 adultes, dont 57 ont pu être intégrées aux méta-analyses. Les personnes exposées directement dans leur enfance à des violences sexuelles, physiques ou émotionnelles ou à de la négligence présentaient, en moyenne, une probabilité plus élevée de rapporter une douleur chronique à l’âge adulte.

Mais il faut immédiatement ajouter la phrase qui empêche de faire dire à ces chiffres ce qu’ils ne disent pas :

Une association statistique n’est pas une condamnation biologique, et elle ne démontre pas qu’un traumatisme particulier a causé la maladie d’une personne particulière.

De nombreuses personnes ayant subi des violences pendant l’enfance ne développeront jamais de fibromyalgie. Et l’existence d’une fibromyalgie ne permet certainement pas de conclure qu’une personne a nécessairement vécu un traumatisme.

La revue systématique publiée dans PLOS ONE en 2024, consacrée plus spécifiquement au traumatisme infantile, au TSPT/TSPT complexe et à la douleur chronique, renforce d’ailleurs cette nécessité de rester prudent. Elle n’a retenu que 13 études répondant aux critères choisis. La fibromyalgie était la pathologie douloureuse la plus représentée, mais seules quatre études examinaient explicitement les relations entre facteurs traumatiques et paramètres douloureux. Les auteurs parlent d’un ensemble de relations complexes et réclament davantage de recherches capables d’étudier correctement les mécanismes et la temporalité.

Une étude en population générale publiée en 2017 avait également retrouvé des associations entre différentes adversités familiales vécues pendant l’enfance et un diagnostic déclaré de fibromyalgie à l’âge adulte. Là encore, il s’agissait d’une étude observationnelle : elle établit une relation statistique, pas un scénario causal individuel.

Alors, comment traumas et douleurs pourraient-ils être reliés ?

comment trauma et douleur pourraient-ils être reliés ?

La réponse la plus honnête est : probablement par plusieurs chemins qui interagissent.

Le traumatisme prolongé peut toucher les systèmes de réponse au stress, le sommeil, l’attention portée aux signaux de menace, la régulation émotionnelle et les réactions physiologiques. Le TSPT lui-même implique des manifestations très corporelles : hypervigilance, réactions de sursaut, sensations physiques intenses, activation automatique face à certains rappels du traumatisme.

Dans une étude portant sur 202 personnes souffrant de douleur chronique, l’exposition traumatique et l’intensité des symptômes de TSPT étaient associées à une douleur plus étendue, une intensité douloureuse plus forte et davantage de symptômes somatiques. Les symptômes post-traumatiques expliquaient statistiquement une partie de la relation observée entre exposition au trauma et marqueurs cliniques de sensibilisation centrale. Mais cette étude reste elle aussi observationnelle : elle propose une piste de mécanisme, elle ne prouve pas une chaîne causale universelle.

C’est exactement là que je situe aujourd’hui mon histoire.

Je peux dire :

J’ai vécu des traumatismes importants dans l’enfance.

Je peux dire :

J’ai développé plus tard un tableau douloureux qui a reçu un diagnostic de fibromyalgie.

Je peux dire :

Mon travail de reconstruction psychique et corporelle a été suivi, dans ma propre trajectoire, d’une transformation de mon état de santé.

Je peux aussi dire :

La recherche rend plausible l’existence d’interactions entre traumatisme, TSPT, systèmes de stress et douleur chronique.

Mais je ne peux pas franchir le pas supplémentaire qui consisterait à écrire :

« Mes traumatismes d’enfance ont causé ma fibromyalgie. »

La science ne me permet pas de le démontrer.

Et, étrangement, cette nuance ne retire absolument rien à mon vécu.

Elle le rend plus juste.

Quand le diagnostic est arrivé : huit années à lutter contre la douleur

En 2016, la souffrance a enfin reçu un nom.

Fibromyalgie.

Pour quelqu’un qui vit depuis longtemps avec des symptômes qu’il ne comprend pas, avoir un diagnostic peut produire quelque chose de paradoxal.

Le mot fait peur.

Mais il peut aussi soulager.

Parce qu’enfin, ce n’est plus seulement « moi qui ai mal ».

Il existe un cadre.

Une reconnaissance.

Une tentative d’explication.

Les recommandations françaises actuelles insistent justement sur cet aspect : annoncer et expliquer correctement le diagnostic participe à la reconnaissance de la souffrance et à la légitimation de ce que vit la personne.

Et je trouve ce mot magnifique dans ce contexte : légitimer.

J’aurais eu besoin qu’on légitime mon corps beaucoup plus tôt.

La Haute Autorité de santé ne disposait évidemment pas, en 2016, de ses recommandations publiées en 2025. Et je ne veux surtout pas réécrire rétrospectivement mon parcours médical avec les connaissances d’aujourd’hui. À l’époque, j’avais mal et des professionnels essayaient de m’aider avec les moyens disponibles.

Il y a eu les médicaments antidouleur.

Les opiacés.

Les antidépresseurs.

Je précise d’ailleurs quelque chose que l’on connaît parfois mal : certains médicaments classés comme antidépresseurs peuvent être proposés dans la prise en charge de douleurs chroniques indépendamment de leur utilisation contre une dépression. Dans la fibromyalgie, les recommandations actuelles envisagent certains traitements médicamenteux en seconde ligne, de manière personnalisée, lorsque les mesures non médicamenteuses ne suffisent pas.

Chez moi, la dimension dépressive existait aussi.

Parce que avoir mal épuise.

Ce n’est pas une faiblesse morale.

Quand la douleur s’invite au réveil, dans les gestes ordinaires, dans les projets, dans le sommeil, dans la vie sociale, elle finit par prendre énormément de place. L’Inserm et la HAS soulignent l’impact important de la fibromyalgie sur les activités quotidiennes et la qualité de vie, avec une association fréquente à des difficultés de sommeil, de fatigue et d’humeur.

De l'oxygène la nuit pour supporter la journée

Le lien entre traumatisme, corps et douleurs chroniques

Dans mon propre parcours, une oxygénothérapie nocturne m’avait également été prescrite. Je le raconte parce que cela faisait partie de ma réalité médicale, pas parce que je souhaite présenter l’oxygène comme un traitement standard de la fibromyalgie.

La machine faisait partie de ma chambre.

Les médicaments faisaient partie de mon quotidien.

La douleur aussi.

Pendant environ huit ans, tout cela a occupé une place énorme.

Et pourtant, une autre histoire avançait parallèlement.

Pendant que je cherchais comment diminuer mes symptômes, je cherchais aussi pourquoi j’étais devenue cette femme qui savait tellement bien encaisser.

  • Je relisais mon enfance.
  • Je comprenais les violences.
  • Je mettais des mots sur l’absence de protection.
  • Je découvrais la dissociation, les mécanismes traumatiques, les blessures émotionnelles.
  • Je travaillais sur la honte.
  • J’apprenais à reconnaître mes besoins.
  • À dire non.
  • À ralentir.
  • À observer ce qui se passait en moi autrement qu’en serrant les dents.

Et quelque chose a progressivement commencé à bouger.

Le corps n’oublie rien

Je ne sais pas désigner le jour où tout a basculé, parce qu’il n’y en a pas eu un.

La reconstruction n’a pas été une scène de film.

Elle a été faite de centaines de petites prises de conscience.

De moments où j’ai compris.

D’instants où je me suis apaisée.

De moments où j’ai recommencé à habiter mon corps autrement.

C’est cette progression qui me fait regarder aujourd’hui autrement une expression comme « le corps n’oublie rien ».

Je l’aime encore comme métaphore.

Mais je ne la comprends plus comme si les muscles, les articulations ou les organes stockaient littéralement chaque souvenir traumatique dans une sorte d’archive cachée.

Ce que la science documente est à la fois plus précis et plus complexe. Il existe des mémoires de peur, des apprentissages, des réactions automatiques, des réponses physiologiques et neurobiologiques au stress, des déclencheurs sensoriels et une plasticité des réseaux concernés.

Pour moi, dire « mon corps avait une histoire » est donc devenu plus juste que dire « mon corps conservait toutes mes émotions ».

Et cette histoire-là, j’ai enfin commencé à l’écouter.

Me reconstruire sans opposer médecine, psyché et corps

Me reconstruire sans opposer médecine, psyché et corps

Pendant longtemps, j’ai eu l’impression qu’il fallait choisir un camp.

  • Soit la médecine conventionnelle.
  • Soit les thérapies alternatives.
  • Soit le corps.
  • Soit le psychisme.
  • Soit une explication biologique.
  • Soit une explication émotionnelle.

Aujourd’hui, ce besoin de choisir m’intéresse beaucoup moins.

Parce que je suis moi-même la somme de toutes ces dimensions.

Dans ma reconstruction, j’ai exploré différentes approches. Certaines sont aujourd’hui très présentes sur Chemins de Vies parce qu’elles ont réellement compté pour moi. J’ai cherché à comprendre le traumatisme. J’ai travaillé sur mes émotions. Pour cela, j’ai exploré la méditation, différentes formes d’accompagnement psychothérapeutique et des pratiques complémentaires. J’ai découvert progressivement une autre relation à moi-même.

Mais je veux également faire une distinction que je n’aurais peut-être pas su faire aussi clairement il y a quelques années :

Tout ce qui m’a aidée personnellement ne possède pas le même niveau de preuve scientifique.

Et ce n’est pas un problème.

Une pratique peut avoir beaucoup compté dans ma vie sans que je doive la transformer en traitement médical démontré.

Un exemple de pratique qui m'a vraiment aidé

Par exemple, prenons la méditation de pleine conscience dont je parle plus amplement dans l’article « Méditation de pleine conscience et guérison des blessures du passé : ce que dit vraiment la science » . Des essais menés auprès de personnes fibromyalgiques ont trouvé des améliorations de certains paramètres : stress perçu, sommeil, symptômes dépressifs ou charge globale de la maladie selon les études. Mais les résultats concernant la douleur elle-même ne sont pas uniformes. Une étude a notamment observé une amélioration du stress, du sommeil et de la sévérité globale sans réduction significative de la douleur. Tandis qu’un essai plus récent rapporte des améliorations sur plusieurs dimensions symptomatiques.

C’est précisément comme cela que je souhaite parler des approches complémentaires désormais : comme des ressources possibles, pas comme des promesses.

Cette conception me parle énormément.

Parce qu’elle ne demande pas :

« Est-ce physique ou psychologique ? »

Elle demande plutôt :

« Qu’est-ce qui participe aujourd’hui à votre souffrance, et de quoi avez-vous besoin pour aller mieux ? »

C’est très différent.

Je ne suis pas un cas clinique d’étude

Et puis il y a ce qui s’est passé chez moi.

Aujourd’hui, depuis plus de deux ans, je ne prends plus aucun des traitements qui accompagnaient autrefois mon quotidien.

La machine d’oxygénothérapie a été récupérée.

Je ne vis plus avec cette douleur chronique.

Je ne me réveille plus avec cette fatigue qui me donnait parfois le sentiment d’avoir combattu toute la nuit alors même que j’avais dormi.

Je n’ai plus ces symptômes.

Je sais à quel point cette phrase peut donner de l’espoir.

Et je sais aussi à quel point elle pourrait être dangereuse si je l’utilisais mal.

Alors je veux être très claire.

Je ne sais pas isoler scientifiquement ce qui, dans tout mon parcours, a produit cette évolution.

Était-ce le travail psychothérapeutique ? Les changements dans mon mode de vie ? L’apaisement du stress ? Une évolution spontanée de la maladie ? Les différentes pratiques qui m’ont accompagnée ? La combinaison de plusieurs facteurs ? D’autres paramètres auxquels je ne pense même pas ?

Un témoignage individuel ne permet pas de répondre.

Ce que je sais, en revanche, c’est ce que j’ai vécu.

Je sais qu’en comprenant mon histoire, j’ai changé ma relation à moi-même.

Je constate qu’en cessant progressivement de considérer mon corps comme une machine qu’il fallait dominer, j’ai commencé à l’écouter.

Je sais qu’en travaillant sur ma honte, mes peurs, mes limites et mon passé, quelque chose s’est profondément apaisé en moi.

Et je constate qu’au cours de cette même période de reconstruction, mon état physique s’est profondément amélioré jusqu’à ce que les symptômes qui avaient gouverné ma vie disparaissent.

C’est mon histoire. Pas une ordonnance.

Solweig Ely : libérée du trauma et de la fibromyalgie

Je trouve cette phrase essentielle.

Parce que la dernière chose que je voudrais faire à une personne fibromyalgique qui me lit aujourd’hui serait de lui faire porter une nouvelle culpabilité :

« Si tu as encore mal, c’est que tu n’as pas suffisamment travaillé sur ton traumatisme. »

Non.

Vraiment non.

Ce serait reproduire exactement cette violence qui consiste à rendre une personne responsable de ce que son corps traverse.

C’est peut-être même le principal enseignement de mon centième article.

Chercher du sens n’oblige pas à chercher une cause unique.

  • On peut écouter l’histoire émotionnelle d’un corps sans transformer chaque symptôme en symbole.
  • On peut travailler sur un traumatisme tout en poursuivant ses soins médicaux.
  • On peut reconnaître que le stress et le système nerveux participent à l’expérience de la douleur sans dire que la douleur est imaginaire.
  • On peut raconter une amélioration spectaculaire sans promettre la même trajectoire à quelqu’un d’autre.

Et surtout, on peut cesser de faire la guerre à son corps.

De l’adolescente souffrante à la femme libérée

Je repense parfois à l’adolescente au genou douloureux.

J’aimerais pouvoir retourner vers elle.

Je ne lui parlerais pas du diable.

Je ne lui demanderais pas de supporter.

Et, je ne lui dirais pas qu’elle est forte parce qu’elle peut endurer davantage.

Je lui dirais simplement :

« Tu as mal. Alors nous allons d’abord prendre soin de toi. »

Peut-être est-ce cela que j’ai passé toutes ces années à apprendre.

Non pas comment vaincre mon corps.

Mais comment devenir enfin, pour lui, la personne qui reste, qui écoute et qui protège.

Et peut-être est-ce aussi l’un des fils rouges de Chemins de Vies depuis le premier article jusqu’à ce centième :

Comprendre ce qui nous est arrivé pour ne plus continuer, sans nous en rendre compte, à nous traiter comme nous avons été traités.

Mon corps n’était pas mon ennemi.

Il n’était pas possédé.

Il n’était pas faible.

Et, il ne méritait ni d’être puni, ni d’être poussé jusqu’à l’épuisement, ni d’être méprisé lorsqu’il faisait mal.

Il était le corps d’une enfant qui avait vécu trop de choses et qui n’avait pas reçu assez de protection.

Puis celui d’une adolescente qui avait appris à tenir.

Enfin, celui d’une femme qui savait très bien survivre.

Aujourd’hui, j’essaie simplement d’en faire le corps d’une femme qui n’a plus seulement besoin de survivre.

De l’adolescente souffrante à la femme libérée

Un mot pour finir ou aller plus loin

Une dernière précision me paraît indispensable : ce témoignage ne doit jamais conduire à interrompre seul un médicament, une oxygénothérapie ou un suivi médical.

Et lorsqu’une dimension traumatique existe, prendre soin d’elle peut venir en complément, jamais comme une manière de nier le corps.

C’est aujourd’hui la position que je souhaite défendre ici : ne plus choisir entre comprendre son histoire et soigner son corps.

Prendre soin des deux.

Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez lire aussi sur Chemins de Vies : Quand le corps dit non, de Gabor Maté. Pour réfléchir au lien entre stress, émotions et santé avec les nuances que la recherche impose.

J’ai également écrit un article sur l’incontournable livre : Le Corps n’oublie rien, de Bessel van der Kolk, autour des traces du traumatisme.

Enfin l’article « Pourquoi mon traumatisme refait-il surface après tant d’années ? », pour comprendre les réactivations tardives.

Si ce texte résonne avec votre propre histoire, mon guide gratuit consacré aux trois étapes indispensables pour se reconstruire après un traumatisme peut constituer une première porte d’entrée. Pas pour vous expliquer ce que votre corps « veut dire », mais pour vous aider à remettre progressivement du sens et de la sécurité là où il y a longtemps eu de la confusion.

Toujours avec autocompassion et bienveillance, 💖​❤️‍🩹

Solweig ✨ 💌

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