L’odeur âcre de fumée d’un feu d’artifice, et vous voilà transporté des années en arrière, revivant en un éclair la nuit de l’incendie qui a bouleversé votre vie. Votre cœur s’emballe, vos mains tremblent, la panique vous envahit. Comme si vous y étiez de nouveau. Ce phénomène déconcertant s’appelle le flashback traumatique. Des odeurs qui ramènent en arrière d’une seconde à l’autre. Des sons qui font tressaillir sans qu’on comprenne pourquoi. Des images qui surgissent sans prévenir, si vives, si présentes, qu’on ne sait plus très bien si on est ici ou là-bas. Maintenant ou autrefois.
Si vous avez vécu cela, vous savez à quel point c’est déstabilisant. Peut-être avez-vous cru, la première fois, que vous deveniez fou ou folle. Peut-être avez-vous eu honte de cette réaction, en vous disant que vous auriez dû « tourner la page » depuis longtemps.
Je veux vous dire quelque chose d’important avant même de commencer : ces expériences n’ont pas seulement un nom, elles ont une explication neurologique précise. Et elles ne disent rien de votre force, de votre valeur, ou de votre capacité à guérir. Elles disent simplement que quelque chose d’important n’a pas encore été intégré. Et que votre cerveau, à sa façon, essaie de s’en occuper.
Qu'est-ce qu'un flashback traumatique, exactement ?
Un flashback traumatique n’est pas un souvenir ordinaire. Ce n’est pas l’image un peu floue d’un événement passé que l’on regarde de loin, comme une vieille photographie. C’est une reviviscence : une irruption du passé dans le présent, si intense et si soudaine que le cerveau ne fait plus la différence entre ce qui est arrivé autrefois et ce qui se passe maintenant. Le corps réagit comme si le danger était là, réel, immédiat : le cœur s’emballe, les mains tremblent, le souffle se coupe. La peur est là, entière, exactement comme elle l’était à l’époque.
Et pendant ces quelques secondes ou ces quelques minutes, le temps se brouille.
Les flashbacks font partie des symptômes centraux du trouble de stress post-traumatique. Ils peuvent survenir après un trauma unique, tel un accident, une agression ou une perte brutale. Mais aussi après des traumatismes répétés, comme les violences subies dans l’enfance. Je parle de ma propre expérience dans Le Silence et la Honte : ces moments où une odeur, une voix, un contexte particulier me ramenaient d’un coup dans ce que j’avais vécu, comme si l’intervalle des années n’existait pas.
Ce qui est crucial à comprendre, et qui change souvent beaucoup de choses, c’est ceci : la personne ne choisit pas de revenir à ce souvenir. Le flashback s’impose. Il surgit. Il n’est pas le signe d’un manque de volonté, ni d’une incapacité à avancer. Il est le signe que la blessure psychique est encore ouverte, en quête de sens et de résolution.
Ce qui se passe dans le cerveau, sans jargon inutile
Comprendre les mécanismes neurobiologiques des flashbacks peut aider à les apprivoiser. Non pas pour tout intellectualiser, car le corps ne répond pas aux explications, mais pour se dire : c’est réel, c’est explicable, et ce n’est pas ma faute.
En temps normal, quand on forme un souvenir, le cerveau fait un travail de contextualisation : il enregistre non seulement l’événement, mais aussi les informations qui permettent de le situer dans le temps et dans l’espace. C’était en 2005, c’était dans telle ville, maintenant c’est fini. Cette mise en contexte est assurée en grande partie par une structure appelée l’hippocampe.
Lors d’un traumatisme, ce système se dérègle. L’amygdale, le centre des émotions et de la peur, est en hyperactivité, inondant le cerveau de signaux d’alarme. L’hippocampe, lui, fonctionne au ralenti. Résultat : le souvenir traumatique n’est pas intégré normalement. Il reste « brut »,des fragments sensoriels très vifs, des images, des sons, des sensations corporelles, sans être rattaché à une trame narrative qui le situe clairement dans le passé.
C’est pour cette raison que, des années plus tard, un déclencheur, comme une odeur, un son, une sensation physique, une émotion intense, peut réactiver ce souvenir comme s’il était en train de se produire. Le cerveau n’a pas rangé cet événement dans le passé. Il est encore, quelque part, en train d’essayer de le traiter.
Bessel van der Kolk, dont je vous parle dans l’article Bessel van der Kolk : pionnier de la guérison des traumatismes, a beaucoup contribué à notre compréhension de ce phénomène avec sa formule devenue célèbre : le corps garde les traces. Le traumatisme ne vit pas seulement dans les souvenirs conscients. Il vit dans le corps, dans les réflexes, dans la façon dont le système nerveux réagit à certains stimuli.
Ce qui peut déclencher un flashback
Les déclencheurs peuvent être externes ou internes, et parfois, ils semblent surgir de nulle part.
Parmi les déclencheurs externes : un endroit, un son, une odeur, un visage, une date. La façon dont la lumière tombe à une certaine heure de l’après-midi. Une voix qui ressemble à celle de quelqu’un. Le crissement d’une porte. Ces éléments ont été encodés en même temps que le traumatisme. Et le cerveau, sans le savoir, les a associés au danger.
Parmi les déclencheurs internes : une sensation physique dans le corps (une douleur, une pression, un essoufflement), une émotion intense (la colère, le sentiment d’abandon, une honte soudaine), ou même une pensée qui ouvre une porte sur quelque chose d’ancien.
Un point particulièrement important pour les personnes qui portent des traumatismes d’enfance : les flashbacks peuvent surgir très longtemps après les événements. Parfois des années ou des décennies plus tard. Certains changements de vie, devenir parent, traverser un deuil, vivre une relation intime intense, ou simplement atteindre un moment de relative stabilité, peuvent réveiller des mémoires restées enfouies. Ce n’est pas un recul. C’est le signe que le système a enfin assez de sécurité pour commencer à traiter ce qui n’avait pas pu l’être.
Je l’explore avec beaucoup de soin dans l’article Pourquoi mon traumatisme refait-il surface après tant d’années ? . Parce que cette réactivation inattendue est l’une des expériences les plus déstabilisantes du chemin de reconstruction.
Que faire pendant un flashback : des gestes concrets
Quand un flashback survient, l’objectif n’est pas de le combattre. Car, paradoxalement, la lutte tend à l’amplifier. L’objectif est de revenir au présent, aussi doucement que possible, en utilisant les sens comme ancres.
La première chose à se rappeler : ce qui s’est passé est dans le passé.
Même si tout en vous le ressent comme maintenant, vous êtes ici, dans un endroit sûr, à une autre date, dans une autre réalité. Vous pouvez vous le dire intérieurement, simplement : ça, c’était avant. Maintenant je suis là.
L'ancrage par les cinq sens
C’est l’une des techniques les plus utilisées et les mieux documentées pour traverser un flashback. Une version simple : identifiez cinq choses que vous voyez autour de vous. Quatre sons que vous entendez. Trois choses que vous pouvez toucher. Deux odeurs. Et prenez une longue respiration profonde. Cet exercice aide le cerveau à se rebrancher sur l’instant présent, en activant des perceptions sensorielles qui appartiennent au maintenant.
Le contact avec le corps
Sentir fermement vos pieds sur le sol, poser une main sur votre sternum, enrouler une couverture autour de vous. Ces gestes simples rappellent au système nerveux qu’il existe un corps, ici et maintenant, dans un espace qui n’est pas dangereux.
Le contact avec quelqu'un de confiance
Non pas pour raconter ce qui se passe, mais simplement pour entendre une voix familière, pour être rappelé(e) où vous êtes et que vous êtes en sécurité. Si vous traversez régulièrement des flashbacks, il peut valoir la peine d’en parler à l’avance avec un(e) proche de confiance, pour qu’il ou elle sache comment vous soutenir dans ces moments.
Si vous cherchez des outils supplémentaires pour les moments de forte intensité émotionnelle, le Kit d’urgence émotionnelle que j’ai créé pour Chemins de Vies a été pensé précisément pour ces instants où tout monte trop vite.
🌱 Ce kit comprend notamment :
- Des exercices de grounding et d’ancrage sensoriel,
- Des pratiques de respiration apaisante,
- Des techniques pour revenir dans sa « fenêtre de tolérance »,
- Des visualisations guidées et exercices de lieu sûr,
- Des outils concrets pour calmer l’hyperactivation émotionnelle,
- Des scripts audios doux et guidés, à écouter dès que vous en ressentez le besoin,
- Un plan SOS émotionnel à compléter pour avoir vos repères sous la main,
- Ainsi que des ressources de soutien pour ne plus rester seul(e) face aux vagues émotionnelles.
👉 Cet outil ne remplace pas un accompagnement thérapeutique.
Mais il peut devenir un véritable point d’appui dans les moments difficiles.
Un espace auquel revenir.
Une présence rassurante.
Un outil-ami à garder près de soi, sur son téléphone ou en version imprimée, pour se sentir un peu moins démuni(e) quand “ça monte trop”. Parce qu’apprendre à s’apaiser, doucement et sans violence envers soi, est déjà une étape importante sur le chemin de la reconstruction.
Le travail de fond : intégrer le trauma pour que les flashbacks s'apaisent
Les techniques d’ancrage sont précieuses pour traverser un flashback. Mais elles ne traitent pas la source. Pour que les flashbacks s’espacent et perdent en intensité, un travail de fond est souvent nécessaire. Un travail d’intégration du traumatisme lui-même.
L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)
C’est l’une des approches les mieux documentées pour cela. Elle utilise des stimulations bilatérales, mouvements oculaires ou autres, pour aider le cerveau à retraiter les souvenirs traumatiques, à les « ranger » enfin dans le passé de façon à ce qu’ils ne déclenchent plus de réactions incontrôlées. L’EMDR est recommandé en première intention pour le traitement du PTSD par de nombreuses autorités de santé dans le monde.
L'IFS (Internal Family Systems)
Son fondateur, Richard Schwartz, propose une autre approche complémentaire, que j’explore en détail dans l’article IFS : à la découverte du Système familial Intérieur. Il s’agit d’aller dialoguer avec les parts intérieures qui portent encore la peur et la douleur du traumatisme, pour leur apporter ce qui leur a manqué. Beaucoup de personnes trouvent dans ce travail intérieur une façon de se réconcilier avec elles-mêmes progressivement.
La Compassionate Inquiry du Dr Gabor Maté
J’en parle plus précisément dans l’article Gabor Maté : une nouvelle compréhension du traumatisme, cette pratique explore avec bienveillance l’origine profonde de nos souffrances. Notamment, en aidant à remettre du lien entre les émotions refoulées, les souvenirs et le soi authentique.
Les approches corporelles
Respiration consciente, méditation de pleine conscience, yoga thérapeutique, méthodes somatiques aident à réhabituer le corps à se sentir en sécurité dans le moment présent. J’en parle en détail dans l’article Méditation de pleine conscience et guérison des blessures du passé, avec toutes les précautions importantes pour les personnes qui portent un traumatisme.
Et par-dessus tout : se faire accompagner par un(e) professionnel(le) formé(e) au psychotrauma. Traverser des flashbacks réguliers seul(e) est épuisant et souvent contre-productif. Un espace thérapeutique sécurisant, avec quelqu’un qui connaît ces mécanismes, peut transformer radicalement l’expérience de la guérison.
Si vous ressentez le besoin d’être accompagnée dans le choix de la thérapie la plus adaptée à vos besoins ou juste pour échanger sur ce que vous traversez :
N’hésitez pas à me contacter ou à prendre rendez-vous !
Ce que vos flashbacks disent de vous et ce qu'ils ne disent pas
Ils ne disent pas que vous êtes fragile. Ils ne disent pas que vous n’avancez pas. Ils ne disent pas que la guérison est impossible. Ils disent que vous avez traversé quelque chose d’insupportable, et que votre psychisme tente, depuis tout ce temps, de s’en remettre du mieux qu’il peut. Vos flashbacks sont la preuve de votre survie. Et quelque part, même sous la détresse qu’ils provoquent, ils sont une tentative de guérison. Le cerveau qui essaie de traiter ce qu’il n’avait pas pu intégrer au moment du choc.
Accueillir cela, même un peu, même à travers la résistance et la fatigue, c’est déjà un geste envers vous-même. De nombreuses personnes qui ont traversé des années de flashbacks témoignent qu’au fil du travail thérapeutique, les reviviscences ont perdu en intensité, puis se sont espacées, jusqu’à ne plus être qu’un écho lointain. Pas de façon linéaire. Pas sans heurts. Mais réellement.
Si vous cherchez à mieux comprendre votre chemin de reconstruction, l’article Revivre après un traumatisme : est-ce vraiment possible ? répond à cette question avec toute la nuance et la profondeur qu’elle mérite.
Et si vous portez des blessures émotionnelles spécifiques liées à l’enfance — rejet, abandon, trahison, injustice, humiliation — la série sur les cinq blessures émotionnelles peut vous aider à mettre des mots sur ce que vous portez.
Un mot doux pour terminer...
Vous n’êtes pas en train de devenir fou ou folle. Vous n’êtes pas coincé(e) dans le passé par manque de volonté. Vous n’êtes pas condamné(e) à revivre indéfiniment ce qui s’est passé.
Vous portez une blessure profonde. Et comme toutes les blessures, celle-ci peut, avec du soin, du temps et un accompagnement adapté, commencer à cicatriser.
Pas à pas. À votre rythme. En vous entourant de douceur et d’aide.
Votre passé fait partie de votre histoire, mais il n’en est pas la dernière page.
Avec toute ma bienveillance, 💜✨
Solweig Ely 🎀 💌