Blessure d’injustice : quand la victime devient accusée, et comment se reconstruire sans nier le réel

Blessure d'injustice : quand la victime devient accusée, et comment se reconstruire sans nier le réel

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

Il existe une blessure dont on parle trop peu. Pas parce qu’elle est rare, au contraire. Mais parce qu’elle est difficile à nommer sans passer pour quelqu’un d’amer, de revendicatif, d’incapable de « tourner la page ». La blessure d’injustice. Ce n’est pas une blessure abstraite, morale ou philosophique. C’est une blessure du corps et du lien :

Être traité(e) de façon inéquitable. Ne pas être cru(e). Être désigné(e) comme responsable de ce que l’on a subi. Et voir les institutions qui auraient dû vous protéger répondre par le labyrinthe, l’indifférence, ou le silence. Si vous portez cette blessure, je veux vous dire une chose avant même de commencer : ce que vous avez ressenti n’était pas disproportionné. C’était une réponse à quelque chose de bien réel.

Ce que recouvre la blessure d'injustice

Dans son livre « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même » Lise Bourbeau décrit la blessure d’injustice comme l’une des cinq grandes blessures émotionnelles qui façonnent notre rapport au monde. Elle naît lorsque l’enfant, ou l’adulte, est traité de manière inéquitable, non reconnue, inversée. Quand la vérité de son vécu est niée. Quand la parole qui demande justice revient comme un boomerang, chargée de culpabilité.

Mais comme pour les autres blessures de l’âme, je veux poser un cadre clair et humble : ce concept n’est pas un diagnostic. C’est une porte d’entrée. Un miroir. Et pour certains d’entre vous, il sera peut-être le premier mot juste mis sur quelque chose que vous portez depuis très longtemps.

Du côté de la recherche en sciences sociales, on retrouve une idée proche et complémentaire : ce que les chercheurs appellent la justice procédurale. Ce n’est pas seulement le résultat d’un jugement qui compte, c’est la façon dont vous êtes traité(e) dans le processus : Est-ce qu’on vous écoute ? Est-ce qu’on vous explique ? Est-ce qu’on vous respecte ? Est-ce que vous avez une place, une voix ? Quand ces éléments sont absents, la confiance s’effondre, pas seulement dans une institution, mais parfois en la possibilité même que le monde puisse être juste. Et c’est de cet effondrement-là dont il s’agit, quand on parle de blessure d’injustice.

Mon histoire : quand la victime est rendue coupable

Dans mon autobiographie Le Silence et la Honte, je décris une mécanique d’injustice qui est, hélas, très fréquente dans les traumatismes interpersonnels. Dès lors que j’ai tenté de parler, au lieu d’être protégée, j’ai été rendue responsable. Mes parents m’ont forcée à atténuer ma déposition, pour protéger l’image familiale, pour ne pas être « inquiétés ». Et en parallèle, ils ont répété que j’étais coupable d’avoir « déclenché » les abus.

Cette inversion des rôles a un nom dans la recherche : le DARVO. Ou Deny, Attack, Reverse Victim and Offender : nier, attaquer, puis inverser victime et agresseur. Ce mécanisme, formalisé par la chercheuse Jennifer Freyd, décrit comment certains systèmes familiaux, religieux ou institutionnels, retournent la faute contre la personne qui parle. Et quand c’est le cas, la blessure ne vient plus seulement de l’abus initial. Elle vient de la réponse à cet abus.

La double peine de l’injustice face au trauma

À quinze ans, alors que j’étais déjà en grande souffrance, mon entourage, au lieu de chercher un soin psychique adapté, a organisé un exorcisme. Cette tentative de répondre à ma détresse par un cadre religieux qui me désignait comme « possédée » plutôt que blessée, est l’illustration douloureuse de ce que peut produire une confusion entre croyance et santé mentale : au lieu d’une aide, une nouvelle couche d’injustice.

Puis est venu le temps du système judiciaire. À 21 ans, j’ai porté plainte. Et ce qui a suivi, avec des années de lenteur, un dossier classé, un sentiment d’abandon institutionnel, a laissé une trace aussi profonde que les violences elles-mêmes. C’est ce que je raconte dans l’interview « Après ce qui m’est arrivé, je n’ai plus confiance dans la justice de mon pays », publiée par Enquête & Débat en 2015. Non pas avec amertume, mais avec la lucidité de celle qui a attendu dix ans, et qui a vu son agresseur finalement condamné bien après ses aveux médiatiques.

Quand les institutions retraumatisent : ce que la recherche nomme

Il existe plusieurs concepts qui aident à mettre des mots sur cet endroit très particulier où l’injustice n’est plus seulement un sentiment, mais une blessure produite par le système lui-même.

La victimisation secondaire

Parfois appelée « seconde agression », elle désigne la souffrance qui naît non pas de l’acte lui-même, mais de la réponse des institutions et de l’entourage. Des questionnements humiliants. Un soupçon. Une absence d’information. Un langage qui invalide. Une lenteur que rien n’explique. Des chercheurs spécialisés dans ce domaine rappellent que ce phénomène est documenté depuis des décennies. Et que certaines personnes décrivent leur passage judiciaire comme une nouvelle violence, comparable dans ses effets psychiques à l’agression initiale.

La trahison institutionnelle

L’institutional betrayal va plus loin encore : elle désigne la souffrance spécifique qui naît lorsqu’une institution dont on dépend (la justice, l’école, l’église, le système de soin ) ne protège pas, ne répond pas de façon soutenante, ou aggrave activement la situation par ce qu’elle fait ou ce qu’elle omet de faire.

L'injustice épistémique

Enfin, ce concept nomme quelque chose de plus profond encore : ne pas être cru(e) n’est pas seulement une expérience douloureuse. C’est une injustice faite à une personne dans sa capacité même à dire vrai, à être reconnue comme témoin fiable de sa propre vie. Quand cela se produit, ce n’est pas seulement la confiance dans les autres qui s’effondre. C’est parfois le sentiment de réalité lui-même qui vacille.

Vous comprendrez peut-être, à travers ces mots, pourquoi la blessure d’injustice peut être si difficile à porter. Et si difficile à expliquer à ceux qui ne l’ont pas vécue.

Comment la blessure d'injustice se manifeste à l'âge adulte

Comme pour la blessure de rejet et la blessure d’abandon, la blessure d’injustice ne reste pas dans le passé. Elle trouve des façons de se rejouer dans le présent. Souvent de façon automatique, inconsciente, et déroutante.

Du côté des émotions et ressentis

☂️ Une hypersensibilité au traitement inégal, même dans des situations anodines en apparence

☂️ Une colère morale intense, parfois disproportionnée à la situation présente, parce qu’elle parle d’une histoire plus ancienne

☂️ Un épuisement lié à la vigilance permanente : scruter si les règles s’appliquent de la même façon pour tout le monde

☂️ Une honte paradoxale : avoir été injustement traité(e) et se sentir pourtant coupable

☂️ Une blessure du sens : si le monde peut être aussi injuste, à quoi bon ?

Du côté des comportements automatiques

☂️ Le perfectionnisme défensif : être irréprochable pour que personne ne puisse vous accuser de quoi que ce soit

☂️ Le contrôle : surveiller, vérifier, anticiper, pour ne jamais se retrouver dans une position de vulnérabilité

☂️ La rumination : repasser l’histoire encore et encore, chercher le moment où tout aurait pu être différent

☂️ Le retrait relationnel : ne plus faire confiance, ne plus se confier, par peur d’être à nouveau trahie ou non crue

☂️ Parfois, une posture de juge intérieure très sévère, envers soi-même autant qu’envers les autres

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. La blessure d’injustice peut activer ce que le modèle IFS appelle une « part juge ». Une part intérieure qui s’est mis en place pour détecter l’iniquité, anticiper l’humiliation, éviter la répétition. Cette part a un rôle protecteur réel. Mais quand elle se retourne contre soi, elle peut devenir une machine à culpabiliser et à s’épuiser.

blessures émotionnelles et trauma

Le regard IFS : transformer la « part juge » en alliée

Le modèle Internal Family Systems de Richard Schwartz, que j’explore en détail dans l’article IFS : à la découverte du Système Familial Intérieur,  nous offre ici un cadre particulièrement précieux.

Dans la blessure d’injustice, on retrouve souvent :

💜Une part exilée qui porte la honte de n’avoir pas été crue, le sentiment d’être sans valeur aux yeux des institutions, la colère non dite

💜Des managers très vigilants : la part juge, le perfectionnisme, le contrôle, la méfiance — autant de stratégies apprises pour ne jamais plus être en position de vulnérabilité

💜Des pompiers qui cherchent à éteindre l’incendie quand la douleur déborde : rumination, colère explosive, repli soudain…

Ce que l’IFS propose, et ce que j’aime profondément dans cette approche, c’est de ne pas traiter ces parts comme des ennemies. La part juge n’est pas un problème. Elle est une protectrice fatiguée, qui a appris que le monde peut être radicalement injuste, et qui fait tout pour éviter que cela se reproduise.

Un geste intérieur doux, à essayer :

« Je sens une part juge très activée. Merci. Tu essaies de me protéger d’une nouvelle trahison. Aujourd’hui, est-ce que tu veux protéger mes limites, plutôt que me punir ? »

Ce n’est pas une formule magique. C’est une invitation à un dialogue intérieur différent, plus respectueux, avec toutes les parties de vous-même.

Ce que la blessure d'injustice fait au sens du monde

Il y a quelque chose de particulier dans la blessure d’injustice que les autres blessures n’ont pas tout à fait : elle ne s’attaque pas seulement à la confiance en soi ou aux relations. Elle s’attaque au sens même du monde.

La littérature clinique parle de blessure morale (moral injury) pour nommer cette atteinte profonde. Quand ce qu’on a vécu est moralement intolérable et que personne ne le reconnaît comme tel, quelque chose de fondamental se fissure. Non pas juste la confiance dans les autres, mais la confiance dans la possibilité qu’un ordre juste existe.

Cette blessure-là produit souvent culpabilité, honte, et ce que certains survivants décrivent comme une fatigue existentielle : à quoi bon ? Et c’est cette fatigue-là, pas la colère, mais le découragement, qui est peut-être le signe le plus discret et le plus important à reconnaître.

Si vous avez lu l’article Le traumatisme du silence : quand personne ne voit, personne ne croit, vous reconnaîtrez peut-être ce moment où briser le silence produit non pas un soulagement, mais une nouvelle blessure, celle de ne pas être cru(e). C’est exactement là que les blessures du silence et d’injustice se rejoignent.

Trois gestes doux pour ne pas se perdre dans la rumination

Je ne crois pas aux injonctions. Et la blessure d’injustice est précisément celle qui résiste le plus aux formules du type « lâche prise » ou « pardonne pour toi ». Parce qu’elle est ancrée dans du réel. Ce qu’on a subi était réellement injuste. Et cette réalité mérite d’être reconnue, pas effacée. Mais il est aussi possible, progressivement, à son rythme, de ne pas laisser la rumination occuper tout l’espace.

Nommer la boucle, sans se juger

Quand vous sentez que la pensée tourne en boucle sur l’injustice, essayez de la nommer simplement : « Je suis en train de ruminer. » Pas pour vous arrêter de penser, mais pour reprendre un tout petit millimètre de liberté intérieure. Puis une question douce : Est-ce que cette pensée me protège, ou m’épuise ?

Post-poser l'orage

Certains outils thérapeutiques proposent de « différer » volontairement les pensées envahissantes : choisir un moment précis dans la journée pour y penser, avec un carnet, un rituel, plutôt que de les laisser surgir à toute heure. Le message que vous envoyez à votre système nerveux : Je ne nie pas. Je choisis le moment.

Revenir au corps

La blessure d’injustice laisse souvent un corps en état d’alerte, prêt au combat. Revenir au corps ne résout rien. Mais cela rappelle que vous êtes là, maintenant, dans un espace où vous pouvez vous protéger. Bessel van der Kolk, dont j’explore le parcours dans l’article Bessel van der Kolk : pionnier de la guérison des traumatismes, l’a montré avec une clarté qui m’a beaucoup touchée : le corps garde le souvenir de l’injustice, même quand l’esprit a avancé.

Votre Journal de reconstruction, une voix à reprendre

Quand l’injustice a volé la voix, se reconstruire passe souvent par des gestes de reprise : écrire, nommer, réhabiter son corps et son histoire.

C’est précisément dans cet esprit que j’ai créé le Journal de reconstruction : 7 jours pour se reconnecter à soi-même, disponible gratuitement sur le blog. Ce n’est pas une thérapie. C’est un espace pour retrouver une cohérence intérieure, redonner une place à ses parts, et commencer à écrire une nouvelle phrase de son histoire.

Un mot pour finir, qui vient du cœur

Porter une blessure d’injustice, c’est souvent porter quelque chose que personne autour de vous ne mesure vraiment. Parce qu’elle est souvent invisible. Parce qu’elle ressemble parfois à de la colère, alors qu’au fond, c’est de la douleur. Et de la fatigue de devoir expliquer ce qui devrait être évident.

Ce que vous avez vécu était réellement injuste. Votre parole méritait d’être entendue. Et si elle ne l’a pas été au moment où vous en aviez le plus besoin, cela ne dit rien de votre valeur. Cela dit quelque chose des limites du système, et du chemin qu’il reste encore à parcourir collectivement.

Vous méritez une justice, à commencer par celle que vous pouvez vous rendre à vous-même : vous croire.

Avec toute ma bienveillance, 💜✨

Solweig Ely 🎀 💌

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