Solweig Ely : mon expérience des 5 blessures émotionnelles et de l’IFS

Solweig Ely : mon expérience des 5 blessures émotionnelles et de l’IFS

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

Dans Le silence et la honte, j’ai raconté les abus sexuels subis dans mon enfance mais aussi l’emprise religieuse et familiale qui a maintenu le mutisme autour de ces violences. Avec le recul et les années de travail thérapeutique, j’ai pu comprendre et analyser ces évènements et leurs conséquences au travers des cinq grandes blessures émotionnelles décrites par Lise Bourbeau : rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice. L’Internal Family Systems (IFS) de Richard Schwartz rejoint cette lecture : ce modèle considère que notre psyché est composée de différentes parts qui se créent pour nous protéger des traumatismes. En revisitant mon histoire à la lumière de ces approches, j’ai eu envie de vous partager comment ces blessures ont façonné mes réactions et comment l’IFS m’a aidée à accueillir ces parts avec compassion.

Dans de prochains articles, je reviendrais plus précisément sur chacune de ces blessures de l’âme :

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blessures émotionnelles et trauma

La blessure de rejet : l’exclusion de l’enfant qui souffre

Le rejet est la première blessure abordée par Lise Bourbeau. Dans mon autobiographie, cette blessure se manifeste non seulement dans le refus de ma parole d’enfant, mais aussi dans les paroles et actes de mes parents. Comme je l’écrit dans « Le silence et la honte » :

« Bien plus que les traumatismes infligés par Pierre‑Étienne […] c’est l’indifférence et le rejet de mes parents qui, à mes yeux, constitua la plus douloureuse épreuve ».

Cette indifférence m’a plongée dans une profonde solitude intérieure : je ne pouvais ni être crue ni être consolée.

Puis, la blessure de rejet s’est cristallisée lors de la confrontation avec mon père : il me traita de « fruit pourri » et estima qu’il fallait me couper de la famille. Il refusa ensuite de me recevoir lorsque j’ai tenté de renouer le contact, exigeant que je m’excuse pour avoir été abusée. Ces paroles ont été vécues comme un rejet absolu de ma personne : j’étais coupée de mon identité d’enfant et de ma place dans la famille.

Dans le modèle IFS, le rejet crée un exilé intérieur : une part vulnérable qui porte la honte et la douleur, se cachant pour ne plus souffrir. Pour survivre, d’autres parts se mobilisent : un manager qui contrôle tout pour éviter d’être à nouveau rejetée, et des pompiers qui anesthésient la douleur (addictions, crises de colère). Pendant des années, j’ai porté cette part exilée tapie dans l’ombre, convoyeuse de l’idée : « Je ne mérite pas d’être aimée ».

Le regard compatissant de l'IFS sur la blessure de rejet

L’IFS invite à reconnaître que ces parts ne sont pas mauvaises ; elles apparaissent pour nous protéger. En travaillant avec un thérapeute IFS, j’ai découvert que derrière ma tendance à l’hyper‑contrôle se cachait une part manager qui voulait éviter tout risque de rejet. Lorsque je prenais soin de cette part et que je réhabilitais le Self (cette présence intérieure calme et bienveillante) les sentiments d’exclusion s’apaisaient. L’IFS m’a montré qu’en donnant de l’espace à l’exilé blessé et en remerciant les protecteurs, il est possible de guérir la blessure de rejet en renouant avec sa propre valeur.

La blessure d’abandon : la solitude imposée

L’abandon est l’absence de soutien alors qu’on est vulnérable. Dans mon histoire, il a pris plusieurs formes. À dix ans, le jour de mon anniversaire, mes parents m’ont envoyée chercher Pierre‑Étienne. Pourtant, ils savaient bien ce que cet être ignoble me faisait vivre depuis des mois. J’ai dû monter le chercher dans sa chambre où les abus se sont poursuivis. En redescendant, je me sentais « verrouillée, comme si quelque chose s’était brisé entre ma famille et moi »

Je réaliserais bien plus tard l’ampleur de ma solitude d’enfant qui n’avait que 10 ans. Mais aussi la certitude insidieuse qui s’étant ancrée dans mon cœur d’enfant que mes parents ne me protégeraient pas.

Plus tard, de nombreux gestes et « oublis » viendrons gangréner cette blessure d’abandon. Personne pour venir me chercher à la gare lorsque je rentrait de l’internat… Personne non plus pour me souhaiter mon anniversaire le jour J… Plus j’avançais dans la vie, plus je me sentais « abandonnée » au monde et indigne d’amour.

Le regard de L’IFS sur la blessure d’abandon

L’abandon crée un exilé qui se sent seul et non soutenu. Dans l’IFS, cette part peut amener des protecteurs dépendants qui recherchent désespérément l’attention. Mais aussi, des protecteurs fuyants qui préfèrent se couper de toute relation pour éviter la douleur. Chez moi, ces mécanismes alternaient : j’étais prête à tout pour obtenir la bienveillance de mes parents ou d’amis, puis je fuyais toute intimité de peur d’être abandonnée de nouveau. En explorant ces parts, l’IFS m’a aidée à comprendre que leur stratégie avait une intention positive : se préserver. En découvrant et expérimentant l’auto-compassion, j’ai pu renforcer le Self et apprendre à rechercher du soutien de manière saine.

soigner les blessures émotionnelles avec l'IFS Solweig Ely

La blessure d’humiliation : quand la dignité est piétinée

La blessure d’humiliation se manifeste lorsqu’on est rabaissé ou humilié, publiquement ou non. Dans mon adolescence, mes parents n’hésitaient pas à piétiner ma dignité. À l’école, ils m’interdirent d’assister à une sortie au cinéma jugée « blasphématoire » ; j’étais la seule à rester sur place et un surveillant fut chargé de me garder, ce qui constitua un comble d’humiliation. Plus tard, lorsque mon père me surprit main dans la main avec un garçon, il me traita devant mes sœurs de « putain ». Après m’avoir giflée, il laissa ma mère me battre longuement avec une règle en bois, jusqu’à me couvrir de bleus. On mesure ici à quel point l’humiliation peut être liée à la violence physique : mon corps devenait le théâtre de leur colère et de leur honte projetée.

Un autre épisode marquant fut celui où, furieuse à cause d’un garçon qui m’avait appelée par la fenêtre, maman se mit à couper mes cheveux au hasard puis, elle rasa la tête. Enfin, elle me força à regarder mon visage défiguré et me hurla d’admettre que j’étais laide. Cette scène concentre humiliation et violence. On m’impose une image monstrueuse de moi, brisant mon estime et renforçant la conviction que je ne mérite pas de respect.

Faire tomber le masque de la blessure d’humiliation avec l’IFS

Dans le langage de Lise Bourbeau, c’est le masque « masochiste » : on se sent sale, on se rabaisse soi‑même. L’IFS décrit des parts pompiers qui recourent à l’auto‑dépréciation ou à la douleur pour anesthésier la honte. Pour survivre à ces humiliations, j’ai longtemps laissé une part se malmener : régimes, travail acharné, auto‑critiques permanentes.

Avec l’IFS, j’ai appris à différencier mon Self des voix humiliantes internalisées. Lorsque je me vois avec les yeux du Self, je ne suis pas cette enfant « mochée » ou « putain », mais une personne digne de respect. En offrant de la compassion aux parts qui se sont laissées humilier ou qui cherchent à m’humilier pour prévenir de nouvelles blessures, je leur permets de se détendre et de laisser place à une image de soi plus juste.

La blessure de trahison : la confiance brisée

La trahison survient quand une personne en qui l’on a confiance nous déçoit ou nous trahit. Dans mon histoire, cette blessure est omniprésente. Mes parents, censés me protéger, m’ont livrée à mon agresseur ou l’ont couvert pour préserver leur statut dans la communauté. Lorsqu’ils m’ont forcée à réécrire une lettre au juge pour blanchir leur responsabilité, j’ai ressenti une profonde injustice :

« Si l’on m’avait fait du mal, si j’avais souffert, on m’avait toujours dit que c’était nécessairement ma faute ».

On voit ici comment la trahison se mêle à la culpabilité : on m’impose de protéger mes bourreaux et de porter seule la honte. Plus tard, au collège, mon ami Damien se détourna de moi sans explication après m’avoir incitée à m’enfuir d’un dortoir. Cette brusque rupture m’a blessée :

« Cette trahison me parut insoutenable […] elle venait lester mon manque d’amour d’un poids supplémentaire ».

Elle renforça l’idée que personne ne m’aimait et que je ne méritais pas d’être aimée.

Soigner la blessure de trahison avec l'IFS

Dans l’IFS, la trahison alimente des parts gardiennes qui deviennent méfiantes ou contrôlantes. Elles veulent éviter que l’on soit à nouveau trompé. Chez moi, cela s’est traduit par une part contrôleuse, toujours en alerte, tentant d’anticiper les déceptions. Paradoxalement, cette part m’a aussi empêchée de déléguer et d’accepter l’aide sincère des autres. En apprenant à écouter cette part et à comprendre sa peur de trahison, je peux aujourd’hui lui montrer qu’elle n’a plus besoin d’être hypervigilante et que des relations de confiance peuvent exister.

La blessure d’injustice : le déni et l’accusation

solweig Ely plus confiance en la justice de mon pays

L’injustice se manifeste lorsqu’on est traité de manière inéquitable ou qu’on nous fait porter la responsabilité de ce qui est arrivé. Mon enfance regorge d’injustices et mon parcours judiciaire pour rompre le silence a aussi été terriblement éprouvant. Par exemple, au moment de témoigner contre mon agresseur, mes parents m’ont poussée à atténuer ma déposition pour qu’ils ne soient pas inquiétés. Ils me répétaient que j’étais coupable d’avoir « déclenché » les abus et qu’ils étaient eux‑mêmes des victimes de mes supposées frasques. Toute ma vie, ils ont fait peser sur moi le fardeau de leur réputation : si je parlais, ils risquaient la disgrâce, donc je devais me taire. Cette inversion des rôles est profondément injuste : la victime devient accusée, et les coupables se posent en martyrs.

Une autre injustice est l’exorcisme auquel j’ai été soumise à 13 ans, comme si ma détresse psychique était le signe d’une possession. Mes parents ont emmené leur fille, déjà suicidaire, chez un moine exorciste qui m’a « soignée » en me maintenant au sol pendant qu’il priait. En sortant, ils semblaient soulagés que l’exorcisme confirme leur hypothèse ; mon bien‑être réel importait peu. Cette violence institutionnelle m’a profondément marquée : au lieu de recevoir de l’aide, j’ai été traitée comme l’incarnation d’un mal dont j’étais pourtant victime.

Apaiser la blessure d'injustice au travers de l'IFS

La blessure d’injustice se nourrit de ce sentiment : « rien n’est juste ». Dans l’IFS, une part juge peut apparaître, scrutant tout pour corriger les injustices à venir. Chez moi, cette part s’est longtemps tournée contre moi, me reprochant mes moindres faux pas.

Avec l’IFS, j’apprends à transformer cette part en alliée : plutôt que de ruminer l’injustice, je peux utiliser son énergie pour défendre mes limites et celles des autres, sans me culpabiliser. Reconnaître l’injustice de mon histoire et valider la souffrance de mes parts exilées m’aide à réintégrer le Self comme guide intérieur.

Traverser les blessures de l’âme : de la survie à la résilience

Ces cinq blessures ne sont pas simplement des catégories théoriques ; elles ont façonné ma perception du monde et de moi‑même. Pendant longtemps, je portais un ensemble de masques, selon le terme de Lise Bourbeau, pour cacher ces cicatrices : masques de la perfection, de la distance, de l’humour, de la dureté ou du dévouement. Dans le modèle IFS, ces masques correspondent à des parts protectrices (managers et pompiers) qui se mettent en place pour éviter que les exilés (nos blessures profondes) soient ravivés. Rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice sont les fardeaux que mes parts exilées portaient en silence. J’ai longtemps cru que ces fardeaux faisaient partie intégrante de mon identité, jusqu’à ce que l’IFS m’enseigne que ces parts ne sont pas mauvaises mais simplement blessées et protectrices.

Faire tomber les masques pour révéler les parts blessées

Le chemin de guérison a consisté à faire connaissance avec ces parts. L’approche IFS m’a permis, accompagnée par un thérapeute, d’entrer en contact avec chacune d’elles, de comprendre leur rôle et de les libérer de leurs fardeaux. J’ai ainsi pu reconnaître l’exilé qui se sentait rejeté, la part qui avait peur d’être à nouveau humiliée, celle qui contrôlait tout pour éviter l’abandon. En cultivant le Self – cette présence calme, curieuse et compatissante – j’ai pu offrir un espace sécurisant à ces parts pour qu’elles expriment ce qu’elles ont besoin de dire. Progressivement, la honte s’est dissoute, la colère a trouvé un chemin d’expression sain et la culpabilité a laissé place à l’autocompassion.

Lise Bourbeau encourage à retirer nos masques pour revenir à l’authenticité ; l’IFS propose un chemin similaire en nous apprenant à dialoguer avec nos protecteurs et à libérer nos exilés. Ces approches ne s’opposent pas : elles se complètent. Lise Bourbeau identifie les blessures et les comportements qui y sont associés, tandis que l’IFS offre une carte intérieure pour accompagner la guérison. Pour moi, comprendre mes blessures a été la première étape, mais il m’a fallu un modèle comme l’IFS pour incarner cette compréhension et transformer mes schémas.

Traverser les blessures de l’âme : de la survie à la résilience

Guérir des blessures émotionnelles : un chemin de résilience

En retraçant mon parcours à travers la grille des cinq blessures qui empêchent d’être soi-même, je mesure à quel point rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice ont imprégné ma vie. Chaque blessure a engendré des parts protectrices qui m’ont permis de survivre, mais qui m’ont aussi enfermée dans des rôles. L’approche IFS m’a appris qu’en écoutant avec bienveillance ces parts et en laissant le Self mener la danse, il est possible de libérer les fardeaux du passé.

C’est ainsi que la résilience peut émerger : en reconnaissant la douleur et en la transformant en force créatrice.

Le silence et la honte n’ont plus à gouverner ma vie. Aujourd’hui, je choisis de porter un regard d’amour et de respect sur la petite fille que j’étais mais aussi sur la femme que je suis devenue. Mes blessures demeurent des cicatrices, elles font partie de mon histoire, mais elles ne définissent plus mon identité.

En partageant cette expérience, j’espère offrir aux lecteurs de Chemins de Vies un témoignage de guérison et rappeler que, même après les pires épreuves, il est possible de se reconstruire et de trouver un chemin vers la paix intérieure, sans jugement, et avec douceur. 💜✨

💌 Solweig Ely

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