Après un traumatisme psychique, il est normal de se sentir dévasté, vulnérable et parfois sans espoir. Pourtant, de nombreuses personnes ayant traversé l’impensable parviennent à se reconstruire : c’est toute la force de la résilience.
La première fois que j’ai entendu « quand on connait ton parcours, on ne peu qu’admirer ta grande résilience ! » je suis directement allée chercher la signification de ce mot !… Et j’ai découvert que j’étais bien moins résiliente que ce que l’on pouvait penser de moi, à l’époque. Mais grâce à l’éclairage d’experts tels que Boris Cyrulnik, j’ai pu vraiment avancer sur le chemin de la résilience. Au travers de cet article, j’espère vous offrir à la fois une compréhension, un réconfort et des pistes concrètes pour avancer vers cette sérénité.
Comprendre la résilience après un traumatisme
Le mot résilience vient du latin resilire qui signifie « rebondir ». En psychologie, il désigne la capacité à reprendre un développement normal après un événement traumatique, plutôt que de rester figé dans la souffrance. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui a popularisé ce concept, définit la résilience ainsi :
« Notre capacité, en tant qu’individu mais aussi en tant que groupe, à poursuivre notre développement après un traumatisme »
Autrement dit, malgré l’ampleur du choc subi, chaque être humain conserve en lui la possibilité de se reconstruire et de retrouver un équilibre.
Vivre avec… sans oublier pour autant
Il est important de souligner que la résilience n’efface pas le traumatisme. Ce n’est ni de l’oubli, ni de la « super-positivité » forcée. Les personnes résilientes portent toujours les cicatrices de leur histoire. Mais elles apprennent à vivre avec, et même à en tirer une force nouvelle. À l’inverse, une vision dévoyée de la résilience consisterait à dire à la victime de « se débrouiller seule » ou de faire preuve d’une invulnérabilité surhumaine. Boris Cyrulnik met en garde contre cette récupération politique du concept :
« La résilience a été instrumentalisée. Elle a mis le poids du trauma sur le dos du traumatisé… Or, laissé seul, un enfant abandonné ou maltraité, un adulte blessé par la vie, a très peu de chances de se remettre à vivre correctement ».
La résilience n’est donc pas une injonction à être fort tout seul, mais un processus de guérison qui demande de l’aide et de la bienveillance, de soi comme des autres.
Les piliers de la résilience : soutien, sens et espoir
Chaque parcours de résilience est unique, mais les recherches et les témoignages montrent quand même certaines constantes. Notamment, trois forces essentielles pour cultiver la résilience :
Le premier pilier de la résilience : le soutien social et affectif.
Aucune guérison ne se fait dans l’isolement complet. Comme l’explique Boris Cyrulnik, « le terreau de la résilience se trouve dans la relation avec autrui » . Avoir autour de soi au moins un « tuteur de résilience », c’est-à-dire une personne de confiance (proche, thérapeute, mentor) qui apporte aide, affection et estime, est souvent décisif pour amorcer la cicatrisation de nos blessures.
Un enfant traumatisé qui bénéficie d’un adulte bienveillant à ses côtés, ou un adulte qui trouve une oreille attentive après un drame, aura bien plus de chances de s’en sortir. À l’inverse, la solitude et l’abandon affectif constituent des facteurs de vulnérabilité très importants. En somme, la résilience s’orchestre avec un véritable écosystème de compassion (famille, amis, soignants…) qui entoure la personne fragilisée et lui permet de ne pas sombrer.
Le second pilier de la résilience : la recherche de sens.
Après un événement qui « n’a pas de sens », comme une violence gratuite ou une catastrophe, il est normal de se sentir profondément ébranlé. Une part essentielle du travail de résilience consiste alors à donner une signification à l’épreuve traversée. Ou du moins, à l’intégrer dans une histoire personnelle cohérente. Cela peut passer par le témoignage écrit ou oral, la thérapie narrative, la spiritualité, ou toute autre démarche qui aide à transformer la souffrance en apprentissage.
Bien sûr, trouver un sens n’excuse en rien le mal subi. Mais cela peut donner la force d’avancer. Par exemple, certaines victimes choisissent de militer pour une cause liée à leur histoire, ou développent une nouvelle philosophie de vie plus en accord avec leurs valeurs profondes.
Le troisième pilier c’est l’espoir
Cette petite lueur qui nous pousse à croire en la possibilité d’un lendemain meilleur. La résilience est souvent décrite par Boris Cyrulnik comme « l’espoir d’un autre chemin après le trauma », « un appel de la vie » qui incite la personne à ne pas renoncer. Nourrir l’espoir ne signifie pas minimiser ce qui s’est passé. Mais garder à l’esprit que des jours meilleurs sont possibles, que des ressources insoupçonnées en nous (et autour de nous) peuvent être activées pour aller mieux.
De nombreux survivants de drames disent avoir été sauvés par l’espoir tenace qu’ils pouvaient s’en sortir, envers et contre tout. Je fais partie de ceux-là…
De la résilience à la transformation post-traumatique
Lorsqu’elle s’appuie sur ces piliers (soutien, sens, espoir) et sur un travail personnel en profondeur, la résilience peut même conduire à ce que les psychologues appellent la croissance post-traumatique. Il s’agit du phénomène par lequel une personne non seulement rebondit après le choc, mais en ressort transformée positivement à divers égards (changement de priorités, force de caractère plus importante, gratitude pour la vie, etc.). Ce concept, introduit dans les années 1990 par Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun, désigne les « changements psychologiques positifs subis à la suite de l’adversité afin d’atteindre un niveau de fonctionnement plus élevé ».
Autrement dit, la croissance post-traumatique va au-delà de la résilience : là où la résilience permet de retrouver le niveau de fonctionnement antérieur au traumatisme, la croissance post-traumatique implique de dépasser cet état initial et de trouver des bénéfices ou une nouvelle perspective de vie grâce à l’épreuve traversée. Par exemple, une personne peut développer une empathie plus grande, tisser des liens plus authentiques ou trouver une nouvelle mission de vie directement inspirée de ce qu’elle a vécu. C’est cette troisième option qui a donné naissance à Chemins de Vies dans mon parcours personnel…
Attention : il ne s’agit pas de glorifier la souffrance ! De plus, tout le monde n’expérimente pas forcément ce type de transformation. Mais le simple fait de savoir qu’elle est possible apporte de l’espoir. D’ailleurs, selon Tedeschi, jusqu’à 90% des survivants de traumatismes rapportent au moins un aspect positif émergé de leur épreuve (comme une nouvelle appréciation de la vie). Ce chiffre encourageant nous rappelle que, même dans l’obscurité la plus totale, des graines de lumière peuvent germer, comme au cœur de l’hiver. La résilience ouvre alors la voie, petit à petit, à une forme de renaissance.
Conseils pour cultiver la résilience au quotidien
Si la résilience est un chemin, il se parcourt pas à pas, en mettant en place de nouvelles habitudes de vie et de pensée. Voici quelques pistes concrètes pour vous aider à cultiver votre résilience jour après jour :
S’appuyer sur un réseau de soutien
N’hésitez pas à solliciter l’aide de personnes de confiance. Parler à un proche bienveillant, rejoindre un groupe de parole de survivants ou consulter un thérapeute formé au trauma peut vous apporter l’écoute et la validation dont vous avez besoin.
Si vous le souhaitez, Chemins de vies vous propose un groupe d’échange sur Facebook. L’écoute y est bienveillante et ce peut-être un premier pas vers le lien social nécessaire à votre chemin de résilience :
Le soutien social atténue le sentiment de solitude et renforce votre sentiment de sécurité : rappelez-vous qu’aucun fardeau ne doit être porté seul.
Pratiquer l’autocompassion
J’y reviendrais plus amplement sur ce blog, car c’est un aspect indispensable de la reconstruction après un traumatisme : Soyez indulgent envers vous-même ! Vos réactions (cauchemars, anxiété, colères, engourdissement émotionnel…) ne font pas de vous quelqu’un de « faible » ou de « fou ». Ce sont des mécanismes de survie face à la douleur. Au lieu de vous juger, essayez de vous parler comme à un ami qui souffre.
Des exercices comme la méditation de compassion, tenir un journal intime bienveillant, ou simplement vous accorder le droit de ressentir ce que vous ressentez, peuvent peu à peu apaiser vos parts intérieures en détresse. Comme le dit Richard Schwartz, il n’y a « pas de mauvaise part » en vous, juste des parts qui ont besoin d’attention et de guérison.
Donner du sens à votre vécu
Trouver un sens ne signifie pas que « tout est bien » ou que l’événement traumatique était justifié, bien au contraire. Il s’agit plutôt de reconstruire une narration autour de ce qui vous est arrivé, de façon à ce que cela s’intègre dans votre histoire de vie sans en être le chapitre final. Cela peut passer par la créativité : écrire votre histoire, peindre vos émotions, composer une musique…
J’ai vécu cette expérience salvatrice de l’écriture thérapeutique au travers de la rédaction de mon livre « Le silence et la honte ». Mais cela peut aussi passer par la transmission : aider d’autres personnes ayant vécu des épreuves similaires, ou par toute activité qui vous relie à vos valeurs profondes. Pour ma part, Chemins de vies fait parti du sens que je donne aujourd’hui à mon vécu : je l’ai raconté, puis j’ai ressenti le besoin d’aider celles et ceux qui traversent les même épreuves…
Donnez-vous la permission de tirer quelque chose de significatif de votre épreuve, si minime soit-il. Un nouvel éclairage sur vous-même, une cause qui vous tient à cœur, une philosophie de vie revisitée. Chaque petit pas vers le sens est un pas vers la résilience.
Prendre soin de votre corps
Le corps et l’esprit étant intimement liés, votre équilibre physique influence votre résilience psychique. Veillez à vos besoins de base : un sommeil suffisant, une alimentation nourrissante, de l’exercice doux et régulier (comme la marche, le yoga, le tai-chi) pour libérer les tensions. Des pratiques corporelles spécifiques au trauma, telles que la relaxation profonde, la respiration consciente ou l’EFT (techniques de libération émotionnelle), peuvent aider à relâcher les souvenirs corporels du traumatisme.
En apprenant à apaiser votre système nerveux par le corps, vous envoyez à votre cerveau le message que « le danger est passé », ce qui facilite grandement la reconstruction émotionnelle.
Se faire accompagner par des professionnels
La résilience ne signifie pas tout faire tout seul. Un psychothérapeute spécialisé en traumatologie (EMDR, IFS, somatic experiencing, hypnose thérapeutique, etc.) peut vous guider pour traverser et intégrer votre trauma en toute sécurité. N’hésitez pas à demander de l’aide médicale si vous souffrez de symptômes de stress post-traumatique (flashbacks, insomnies, angoisses intenses).
Il n’y a aucune faiblesse à consulter : au contraire, c’est un acte courageux d’auto-soin qui peut accélérer votre guérison.
Si vous en ressentez le besoin mais que vous ne savez pas vers qui vous tourner, n’hésitez pas à me contacter personnellement. Nous trouverons ensemble un créneau pour un échange plus personnalisé :
Faire preuve de patience et de douceur avec soi
Le chemin de la résilience est souvent sinueux. Il y a des jours avec et des jours sans… Des avancées et parfois des rechutes. Ne vous découragez pas si vous avez l’impression de stagner ou de revenir en arrière sur le moment : c’est normal. Guérir d’un trauma demande du temps et chaque petite amélioration compte, même si elle est suivie d’un passage difficile.
Célébrez vos progrès, aussi modestes soient-ils (une crise d’angoisse surmontée, une nuit complète de sommeil retrouvée, une émotion exprimée au lieu d’être étouffée). En vous traitant avec la même bienveillance que vous le feriez pour un être cher, vous créez en vous un environnement favorable à la résilience.
Vers un nouveau départ
Surmonter un traumatisme est sans doute l’un des défis les plus ardus qui soient. Mais n’oubliez jamais que vous n’êtes pas seul(e) et que vous avez en vous des ressources insoupçonnées pour y parvenir. La résilience n’est pas un trait de caractère magique réservé à quelques « héros ». C’est un processus vivant qui peut éclore en chacun de nous, à tout âge, pour peu que les conditions s’y prêtent. Entourez-vous de personnes de confiance, osez tendre la main vers l’aide professionnelle, et accordez-vous le droit de guérir à votre rythme.
Chaque petit pas compte dans ce voyage : une émotion libérée, une croyance limitante qui se défait, un jour où le soleil perce à nouveau les nuages du passé… Au fil du temps, ces pas forment un chemin. Comme des milliers de survivants l’ont vécu avant vous, il est possible de transformer la douleur en force, la peur en sagesse, et l’isolement en lien.
La résilience, c’est la vie qui reprend ses droits : un jour après l’autre, vous pourrez constater que le traumatisme ne définit pas toute votre identité ni tout votre avenir. Votre histoire ne s’arrête pas à la souffrance. Avec de la patience, de l’empathie (envers vous-même et reçue des autres) et du courage, vous pouvez écrire les nouveaux chapitres de votre vie. Des chapitres placés sous le signe de la guérison, de la croissance et de l’espoir retrouvé. 🌱💜
Un très bel article, chère Solweig, qui m’a sincèrement touché. Quand on traverse un traumatisme fort (pour ma part, cela s’est traduit par un cancer du sein agressif en tant que jeune maman), il peut en résulter de la lumière, sans aucun doute. Merci pour ce bel éclairage !
Je ne connaissais pas la notion de « croissance post-traumatique ». Et tu vois, cette découverte libère une émotion, défait quelques croyances. Merci mille fois pour cet article qui donne toute sa place à l’espoir.