Il y a des blessures invisibles qui marquent nos vies en silence. Même bien des années après un traumatisme, on peut encore se sentir brisé, vulnérable. Parfois, l’idée même du bonheur apparait inaccessible et sans espoir. Pourtant, certaines rencontres éclairent ce sombre paysage intérieur d’une lueur d’empathie et d’espoir.
C’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai découvert les visions de Gabor Maté et de Richard Schwartz, lors d’une rencontre sur la plateforme Quantum Way. Au fil des années, ces êtres inspirants ont profondément enrichi ma compréhension du traumatisme et de la résilience. Leurs approches bienveillantes m’ont appris qu’au-delà de la douleur, il existe en chacun de nous une capacité à guérir et à grandir.
Deux approches d'experts sur un même chemin de résilience
Le Dr Gabor Maté perçoit le trauma comme une blessure intérieure profonde qui affecte à la fois le corps et l’esprit. Ses années d’expériences en tant que médecin addictologue lui ont montré le lien indissociable entre nos souffrances émotionnelles et notre santé physique. Il a également découvert que la compassion, envers soi comme envers les autres, est une clé essentielle pour panser ces plaies intérieures et retrouver notre élan de vie.
De son côté, Richard Schwartz, psychothérapeute et créateur de l’approche Internal Family Systems (IFS), nous invite à rencontrer les multiples parts qui cohabitent en nous. Plutôt que de rejeter nos émotions douloureuses ou nos réactions protectrices, son modèle propose de dialoguer avec ces parts intérieures, les plus blessées comme les plus protectrices. Le principe étant de restaurer une harmonie interne conduite par notre Self : ce noyau sage et compatissant présent en chacun.
Bien que différentes dans leur expression, ces deux visions se rejoignent sur le fond. Elles offrent un regard neuf et compatissant sur le trauma, où la bienveillance envers soi-même et l’acceptation de ce que l’on porte en soi ouvrent la voie de la guérison. Dans cet article, nous allons explorer successivement l’approche de Gabor Maté, puis celle de Richard Schwartz, pour comprendre comment chacune à sa manière transforme la souffrance en chemin de résilience.
Le regard de Gabor Maté : accueillir et guérir la blessure intérieure
Le docteur Gabor Maté nous offre une perspective profondément humaine et holistique de la résilience. Lui-même insiste pour dire que « le traumatisme n’est pas ce qui nous est arrivé, mais ce qui se passe en nous à cause de ce qui nous est arrivé ». En effet, l’événement traumatique (accident, agression, etc.) n’est que la cause initiale. Le trauma véritable, c’est la blessure intérieure laissée par cet événement. Par exemple la perte de confiance, le sentiment de peur ou de honte, la rupture intérieure ou dissociation… La bonne nouvelle selon le Dr Maté, c’est que cette blessure intérieure peut guérir à tout moment de la vie. Même si le fait traumatique lui-même est irréversible, l’interprétation qu’on en a faite (« je ne vaux rien », « le monde est dangereux », etc.), elle, peut être transformée et soignée.
Dans son travail, le Dr Maté a souvent constaté que si l’on ne s’occupe pas de ces blessures psychiques, « laissées non guéries, elles ont un impact sur votre vie… sur la façon dont vous vous voyez, sur vos déclencheurs émotionnels, sur vos relations. Et elles se manifestent sous forme de maladies chroniques ». En effet, il a établi des liens entre le stress traumatique non résolu et diverses maladies physiques (troubles immunitaires, addiction, troubles digestifs, etc.), convaincu que « le corps finit par faire ressortir ce que l’esprit refuse de reconnaître ». Cette vision corps-esprit unifiée, dont il parle dans son livre « Quand le corps dit NON », invite à aborder la guérison du trauma de manière globale. D’abord en traitant les pensées et émotions, mais aussi en libérant les tensions corporelles liées au choc (via la thérapie somatique, le yoga, la respiration, etc.). C’est l’idée que soutient également le psychiatre Bessel van der Kolk dans son ouvrage « Le Corps n’oublie rien », où il démontre que le traumatisme s’inscrit dans le système nerveux et doit être dénoué par des approches corporelles.
Résilience et compassion
Ce qui caractérise particulièrement l’approche de Gabor Maté, c’est son immense compassion envers les personnes traumatisées. Plutôt que de voir les symptômes (addictions, colère, dissociation…) comme des « problèmes à éradiquer », il encourage à se demander : « pourquoi cette douleur ? » Et, à accueillir ces manifestations comme autant de tentatives de survie face à la douleur originelle.
En d’autres termes, le Dr Maté nous invite à regarder nos parts blessées avec empathie plutôt qu’avec jugement, à les écouter pour comprendre ce dont elles ont besoin afin de guérir. Dans cette optique bienveillante, tout le monde a le potentiel de guérir, à son rythme, « du moment qu’il y a de la conscience » et un entourage sécurisant pour soutenir ce processus. Cela peut nécessiter un travail thérapeutique approfondi, mais, comprendre qu’il n’est jamais trop tard pour réparer en soi ce qui peut l’être, c’est un premier pas vers la résilience.
L’approche de Richard Schwartz : se reconstruire en réunifiant ses « parts » intérieures
Richard Schwartz, psychothérapeute américain et créateur de la méthode Internal Family Systems (IFS), nous offre une autre clé pour comprendre la résilience : celle de notre monde intérieur composé de multiples parts. Selon l’IFS, chaque personne a en elle une sorte de « famille intérieure » constituée de différentes parties. Certaines sont vulnérables et blessées, souvent à cause de traumas passés. D’autres sont protectrices ou critiques. Ces parts peuvent entrer en conflit, comme des membres d’une famille qui ne s’entendraient pas. Ce qui crée généralement du chaos intérieur. Par exemple, une part de vous veut avancer, tandis qu’une autre, terrorisée, vous freine. L’objectif de l’approche de Richard Schwartz est de réconcilier ces parts et restaurer l’harmonie intérieure. Une condition essentielle pour guérir d’un traumatisme.
Un des postulats les plus réconfortants de l’IFS est que, malgré les épreuves, chacun de nous conserve un noyau profond intact appelé le Self. Le Self, c’est notre essence saine, un espace intérieur calme et compatissant, comparé à un « capitaine » capable de guider le système intérieur. Même si l’on se sent brisé après un trauma, cette partie intacte de nous existe toujours. Elle est juste parfois éclipsée par ces fameuses parts protectrices qui se mettent en alerte. L’autre idée fondamentale de l’IFS est qu’« il n’existe pas de partie mauvaise par essence », même celles dont le rôle semble destructeur (comme une part en colère, autodestructrice, ou qui s’engourdit par des addictions) : « chaque partie a une intention positive pour la personne, y compris lorsque son rôle se révèle destructeur ». En fait, ces comportements extrêmes sont des stratégies de survie développées par nos parts protectrices pour nous éviter de ressentir à nouveau la douleur du traumatisme (éviter, contrôler, se dissocier, etc.). Plutôt que de chercher à « éliminer » ces parts gênantes, l’IFS propose de les aider à retrouver un rôle plus sain, Notamment, en comprenant ce qu’elles protègent et en soignant la part vulnérable qu’elles défendent.
Le Self, une source inépuisable de résilience
Dans le processus thérapeutique IFS, on apprend d’abord à se reconnecter à son Self, cette présence intérieure résiliente et bienveillante. Puis à entrer en dialogue avec nos parts. Imprégné du regard compatissant du Self, on découvre alors que derrière chaque comportement négatif se cache une peur ou une souffrance non résolue. Par exemple, une part colérique peut en réalité protéger un « enfant intérieur » terrifié par l’abandon. En reconnaissant cela, on peut éprouver de la compassion pour ces parts blessées et progressivement les libérer de leurs fardeaux émotionnels liés au trauma.
Ce travail de libération permet aux parts autrefois coincées dans des rôles extrêmes de se détendre et de guérir. Elles peuvent alors reprendre leur place initiale et apporter leurs qualités positives à la personne (créativité, intuition, protection saine, etc.). En réunifiant ainsi son monde intérieur morcelé, la personne traumatisée se sent à nouveau entière et maîtresse d’elle-même. Ce qui est le socle d’une résilience durable.
Ainsi, l’approche de Richard Schwartz rejoint celle de Gabor Maté dans son esprit de profonde autocompassion. Plutôt que de se blâmer pour nos réactions post-traumatiques (peurs, colères, évitements…), il s’agit de les accueillir comme les expressions d’une partie de nous qui a besoin d’attention et de soins. Guérir d’un trauma, c’est aussi réapprendre à s’aimer soi-même, à s’accueillir pleinement, à être présent pour l’enfant blessé en nous. Cette bienveillance intérieure construit pas à pas la résilience nécessaire pour se reconstruire après un trauma.
Sur le chemin de la résilience avec l’IFS et la Compassionate Inquiry®
En croisant les enseignements de Gabor Maté et de Richard Schwartz, un message puissant émerge : même après les épreuves les plus sombres, l’espoir de guérison demeure. Le trauma n’est pas une condamnation à vie, mais un défi qui peut être relevé grâce à la compassion et à l’exploration de notre monde intérieur. À titre personnel, la sagesse de ces deux hommes m’a montré qu’il est possible de redevenir acteur de sa propre guérison. Le Dr Maté m’a appris à écouter avec douceur les blessures enfouies et à reconnaître leur impact sur mon corps et mon cœur. Richard Schwartz m’a, lui, offert des outils pour dialoguer avec mes émotions et mes peurs, et pour découvrir en moi ce Self bienveillant capable de guider mon système intérieur vers l’équilibre.
Leurs approches nous rappellent que nous portons tous en nous les ressources nécessaires pour avancer. En développant une profonde compassion pour nous-même et en accueillant chaque facette de notre être, y compris celles marquées par la douleur, nous posons les fondations d’une résilience durable. Pas à pas, il devient possible de transformer la souffrance du passé en force intérieure, de se réconcilier avec soi-même et d’avancer, libre et confiant, vers un avenir plus serein. C’est une note d’espoir précieuse : sur nos chemins de vie, nous ne sommes jamais irrévocablement brisés. Nous pouvons tous, à notre rythme, retrouver notre autonomie émotionnelle et le pouvoir d’écrire une nouvelle page plus lumineuse, même après un traumatisme. ✨💜