Boris Cyrulnik : l’art de la résilience face au traumatisme

Boris Cyrulnik : l’art de la résilience face au traumatisme

Bienvenue sur Chemins de vies ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour se reconstruire après un traumatisme. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre le journal de reconstruction

Après Gabor Maté et Richard Schwartz, poursuivons notre série de personnalités inspirantes avec Boris Cyrulnik. Ce neuropsychiatre et écrivain français est surtout connu pour avoir popularisé le concept de résilience. C’est-à-dire notre capacité à renaître de sa souffrance. Lui-même survivant de traumatismes précoces, Boris Cyrulnik a consacré sa vie à comprendre comment l’être humain surmonte les épreuves et à partager cette compréhension avec le grand public. Son parcours de vie exceptionnel, tout comme ses idées sur le traumatisme et la résilience, m’ont beaucoup appris et profondément inspirés pour avancer sur mon propre chemin de reconstruction.

Boris Cyrulnik, un enfant traumatisé par la guerre

Boris Cyrulnik naît le 26 juillet 1937 à Bordeaux, dans une famille juive originaire d’Europe de l’Est. Enfant pendant la Seconde Guerre mondiale, comme l’a été le Dr Gabor Maté, il échappe de justesse à la déportation. Sa mère, pressentant son arrestation imminente, le confie aux services sociaux pour le protéger. Il est aidé par une institutrice qui le cache pendant près d’un an. Mais il finit par être arrêté en janvier 1944, à l’âge de 6 ans, avec d’autres Juifs. Le jeune Boris parvient alors à s’évader lors de cette rafle. Ses deux parents, déportés peu après, sont assassinés à Auschwitz.

Après la guerre, Boris est ballotté entre plusieurs familles d’accueil avant d’être recueilli par une tante à Paris. Marqué par le traumatisme de son enfance, il décide très tôt de devenir psychiatre. Vers l’âge de 10–11 ans, il se fixe cette vocation pour tenter de comprendre la nature humaine et les mécanismes qui mènent à de telles tragédies. Il expliquera plus tard avoir ressenti « cette rage de comprendre, ce désir de [s’] engager psychologiquement, politiquement, humainement, pour essayer de limiter les dégâts et […] empêcher que cela se reproduise ».

La « rage de comprendre » comme chemin de résilience

Boris Cyrulnik fait des études de médecine à l’Université de Paris, se spécialisant en neurologie et psychiatrie. Il s’intéresse également à l’éthologie (l’étude du comportement animal), discipline qu’il contribue à faire connaître en France. Au fil de sa carrière, il occupera des postes de recherche et d’enseignement (notamment comme professeur à l’Université de Toulon) et publiera de nombreux ouvrages de psychologie à destination du grand public. Son travail s’articule principalement autour d’une question centrale :

Comment certains individus parviennent-ils à surmonter les pires traumatismes et à se reconstruire ?

Résilience Boris Cyrulnik

C’est à la fin des années 1990 que Boris Cyrulnik gagne une large notoriété en France, grâce à ses écrits et interventions médiatiques sur la résilience. Il n’a pas inventé ce terme, emprunté à la physique, mais il en est devenu le grand vulgarisateur en francophonie. Son livre Un merveilleux malheur (1999) introduit ainsi le concept de résilience auprès du grand public. D’autres ouvrages suivront, tels Les Vilains Petits Canards (2001) ou Autobiographie d’un épouvantail (2008), qui approfondissent le sujet. Ce dernier lui vaut d’ailleurs le prestigieux Prix Renaudot de l’essai 2008, consacrant son apport dans le champ de la psychologie.

Aujourd’hui encore, à plus de 80 ans, Boris Cyrulnik continue de partager son expertise sur le traumatisme et l’espoir de reconstruction. Sa propre histoire en est le témoignage vivant : malgré des débuts brisés, il a su se relever et mettre son expérience au service des autres, incarnant lui-même cette résilience qu’il décrit si bien.

Traumatisme et résilience : la vision de Boris Cyrulnik

« La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents. »

Pour Boris Cyrulnik, le traumatisme n’est pas une fatalité absolue. Certes, « le trauma fracasse, c’est sa définition », reconnaît-il. Un événement traumatique (abus, violence, guerre, deuil, etc.) bouleverse et blesse profondément l’individu. Mais il observe que, chez certains, à la destruction succède une forme de renaissance. La résilience désigne précisément ce processus de reprise d’un développement après le choc initial. « La résilience, c’est la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme (…) Ce ne sera pas un développement identique à avant », explique-t-il. Car on ne ressort jamais indemne d’une épreuve : il y a eu des pertes, des blessures, un “avant” et un “après” irrémédiables. En d’autres termes, on ne revient pas en arrière, mais on peut avancer de nouveau, et autrement.

Selon Cyrulnik, une personne traumatisée n’est pas brisée à jamais pour autant : elle peut trouver en elle et autour d’elle les ressources pour se reconstruire. « Le trauma fracasse […] et la résilience, qui permet de se remettre à vivre, associe la souffrance avec le plaisir de triompher. Curieux couple ! » écrit-il. Il soulignant ainsi que la douleur du passé et la joie de s’en être sorti coexistent dans le résilient. Car, la résilience n’efface pas le traumatisme ; elle le transforme en moteur pour continuer à vivre malgré tout.

D’ailleurs, Boris Cyrulnik insiste sur le fait que « personne ne prétend que la résilience est une recette de bonheur. C’est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d’arracher du plaisir à vivre », malgré les « fantômes » du souvenir traumatique qui peuvent subsister en mémoire. Autrement dit, être résilient ne signifie pas ne plus jamais souffrir, mais réussir à redonner du sens et du goût à la vie en dépit de la blessure.

La résilience en action : les facteurs clés de reconstruction

Si la résilience peut sembler presque miraculeuse chez ceux qui « rebondissent » après l’horreur, Boris Cyrulnik montre qu’il s’agit en réalité d’un processus psychologique et social bien identifiable. D’après lui, trois éléments essentiels favorisent l’émergence de la résilience chez un individu :

Une force vitale interne

Un désir farouche de vivre qui pousse la personne à s’accrocher malgré tout. Cyrulnik parle d’une dynamique de survie présente en chacun de nous. Mais, particulièrement solide chez ceux qui ont pu développer, dès la petite enfance, une “niche de sécurité” affective. Un bébé entouré d’amour, de bienveillance, construit en lui une sécurité intérieure, le sentiment d’être digne d’intérêt et d’affection, qui pourra plus tard servir de bouée en cas de coup dur. À l’inverse, un très jeune enfant ayant souffert de carences affectives ou d’un environnement instable aura plus de difficultés à mobiliser cette force vitale en situation de traumatisme.

Un « tuteur de résilience »

Il s’agit d’une personne ressource à laquelle se raccrocher pour reprendre goût à la vie. Cyrulnik utilise cette métaphore du tuteur (le piquet qui aide une plante fragile à pousser droit) pour désigner le rôle d’un entourage bienveillant. Un seul adulte significatif peut suffire, une main tendue au bon moment, pour qu’une « âme blessée » se relève. Ce tuteur peut être un parent, un enseignant, un proche ou même un animal de compagnie : l’important est que le survivant ne soit pas seul face à son malheur. Boris Cyrulnik rend d’ailleurs hommage aux personnes qui l’ont aidé enfant : sans ces Justes qui l’ont caché et soutenu, il n’aurait sans doute pas survécu ni pu se reconstruire. Le soutien social, même modeste, réduit considérablement le risque de sombrer après un trauma.

Boris Cyrulnik amour et résilience

La capacité à « remanier » le passé

Revisiter son histoire pour donner un sens au trauma. Ce troisième facteur est fondamental dans la pensée de Cyrulnik : il s’agit de réécrire le récit de l’événement pour l’intégrer différemment à sa mémoire autobiographique. « La mémoire, ce n’est pas le retour du passé. C’est la représentation du passé », affirme-t-il. Notre mémoire n’est pas une archive figée ; c’est un puzzle de souvenirs vrais et reconstruits que nous agençons en racontant notre histoire. Ainsi, en trouvant les mots pour dire l’indicible, en mettant son traumatisme en récit (que ce soit par la parole, l’écriture, l’art…), on peut progressivement atténuer son pouvoir destructeur.

Boris Cyrulnik explique par exemple que le fait d’avoir raconté son enfance cachée, alors qu’il l’avait tue pendant 40 ans, a transformé sa propre mémoire du trauma. J’ai moi-même pu connaitre cette transformation en écrivant mon livre « Le silence et la honte » après 21 ans de silence. De victime impuissante, nous somme devenus « sujet de l’histoire » en se réappropriant notre vécu. De même, dans son ouvrage La nuit, j’écrirai des soleils (2019), il montre comment l’imaginaire, la créativité et l’expression peuvent servir de refuge et de tremplin aux survivants. En somme, donner du sens à ce qui est arrivé, même a posteriori, aide à ne plus le subir passivement.

Chaque parcours de résilience est unique

Cyrulnik souligne que ces facteurs de résilience relèvent autant de l’entourage que de la personne elle-même : c’est une interaction permanente entre des ressources internes et externes. L’humour, l’insoumission aux injustices ou la spiritualité sont d’autres ressources qui peuvent également aider à surmonter l’épreuve en redonnant du pouvoir d’agir et en créant du lien social.

À l’inverse, certains éléments peuvent freiner la résilience : la gravité ou la répétition du trauma, l’absence totale de soutien, ou un état psychique déjà fragile avant le drame compliquent le processus de rebond. Cela explique pourquoi tout le monde ne « s’en sort » pas de la même manière : chaque parcours sur le chemin de la résilience est unique, avec ses propres obstacles et victoires.

Le message d’espoir de Boris Cyrulnik

Ce qui ressort de la vision de Boris Cyrulnik, c’est un profond message d’espoir nuancé de réalisme. Oui, le malheur peut nous briser, mais il peut aussi, sous certaines conditions, nous grandir. La résilience n’est pas innée ni magique : c’est un cheminement, souvent long et semé d’embûches, qui mobilise la force de vivre de la personne et la solidarité de son entourage. Cyrulnik lui-même en est convaincu : « L’homme n’est pas le produit de son passé, il est le produit de sa capacité à se remettre de son passé ».

Autrement dit, nous ne sommes pas uniquement définis par ce qui nous est arrivé, mais par ce que nous en faisons. En transformant nos blessures en moteurs de vie, en naviguant à travers les torrents plutôt que de nous y noyer, nous découvrons en nous des ressources insoupçonnées et le pouvoir d’écrire une suite à notre histoire. Et c’est là toute la leçon de Boris Cyrulnik : même après le pire, un avenir demeure possible. Un avenir différent, certes, mais qui peut à nouveau avoir du sens et de la beauté.

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